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Balenciaga fait des sacs depuis cent ans, mais ce n'est pas un nom qu'on associe spontanément au métier de maroquinier

Aaliyah Diallo··7 min

Balenciaga fait des sacs depuis cent ans, mais ce n'est pas un nom qu'on associe spontanément au métier de maroquinier. On pense plutôt à la coupe, à la silhouette, au volume — ce que Cristóbal savait faire avec du tissu et du fil. Les sacs sont arrivés plus tard, et ils sont arrivés différemment. Pas de monogramme répété jusqu'à l'hypnose. Pas de sangles dorées qui crient leur prix depuis l'autre bout de la rue. Ce que Balenciaga a toujours su faire, c'est construire une forme qui tient sans s'annoncer.

Demna Gvasalia a compris ça quand il est arrivé en 2015. Il n'a pas essayé de réinventer le sac — il a juste regardé ce qui existait déjà et il a posé une question simple : qu'est-ce qu'on porte vraiment, et pourquoi est-ce qu'on fait semblant que c'est autre chose ? Le Ikea bag devient le modèle. Le sac de courses devient une déclaration. Le City, hérité de l'ère Ghesquière, continue sa vie tranquille comme un objet qui n'a jamais eu besoin de justification.

Un bon sac Balenciaga ne ressemble pas à un sac de luxe. Il ressemble à un sac qu'on utilise. La différence, c'est qu'il dure.

City

Le mot, c'est : pratique.

Nicolas Ghesquière l'a dessiné en 2001, et vingt-trois ans plus tard il fait encore exactement ce pour quoi il a été conçu. C'est un sac souple en agneau, avec des poignées courtes, une bandoulière amovible, et une fermeture éclair qui traverse toute la longueur. Il ne tient pas debout tout seul. Il n'a pas de structure interne. Quand il est vide, il s'affaisse comme un pull qu'on a posé sur une chaise.

Ce que ça veut dire en pratique : il se plie, il se glisse sous un siège d'avion, il absorbe ce qu'on y met sans protester. Un ordinateur, une trousse de maquillage, un livre, une deuxième paire de chaussures — le City ne juge pas. Le cuir vieillit vite, et c'est le but. Les bords s'éclaircissent, les coins s'arrondissent, les poignées prennent la forme de votre main. Après six mois, il ne ressemble plus à un achat. Il ressemble à une habitude.

Les rivets et la boucle miroir à l'avant sont des détails de moto, pas de maroquinerie classique. Ghesquière venait du sportswear — il savait que les gens ne voulaient pas porter leurs sacs comme des reliques. Le City a été pensé pour être jeté sur une épaule en sortant de chez soi, pas pour être sorti d'une boîte avec des gants blancs.

Tailles : le Classic (38 cm de large) pour le quotidien, le Mini (28 cm) si vous voyagez léger. Prix : à partir de 1 850 €.

Le Cagole

Le mot, c'est : assumé.

Si le City est discret, le Cagole est son contraire. Même forme de base, même construction souple, mais couvert de clous, de franges, de chaînes, de miroirs — tout ce que Ghesquière a retenu quand il a pensé aux sacs de moto customisés qu'il voyait à Bruxelles dans les années 90. Le nom vient du sud de la France. Une cagole, c'est une fille qui en fait trop, qui porte des talons compensés avec un jean déchiré, qui met du gloss et qui s'en fiche de ce que vous en pensez.

Le Cagole a été relancé sous Demna en 2021, et il a trouvé son public immédiatement. Pas parce qu'il est subtil — parce qu'il ne l'est pas. C'est un sac pour quelqu'un qui veut qu'on le remarque, qui sait que la mode peut être drôle, et qui ne voit pas pourquoi un objet à 2 300 € devrait être traité comme un placement financier.

Il existe en version complète (clous partout, chaîne d'épaule en métal, franges qui bougent quand vous marchez) ou en version allégée (juste les rivets, pas de surplus). Les deux fonctionnent. Les deux disent la même chose : je suis là, et je ne m'excuse pas.

Portez-le avec une veste tailleur ou avec un sweat — l'idée, c'est le contraste.

Hourglass

Le mot, c'est : structuré.

Demna a dessiné l'Hourglass en 2020, et c'est le premier sac qu'il a créé pour Balenciaga qui refuse de s'affaisser. Il a une forme de sablier — d'où le nom — avec une base large, une taille pincée, et un haut qui s'arrondit. Il tient debout. Il a une poignée rigide. Il ne se plie pas, il ne se glisse nulle part, il occupe de l'espace.

C'est un sac pour les gens qui veulent un objet qui a l'air fini. Pas lived-in, pas cassé, pas en train de vieillir tranquillement dans un coin. L'Hourglass arrive avec une présence, et il la garde. Le cuir est plus épais que celui du City. Les coutures sont nettes. La silhouette ne change pas, peu importe ce que vous mettez dedans.

Il existe en trois tailles : Small (la version soir, qui tient un téléphone et un rouge à lèvres), Medium (pour le quotidien), et Large (si vous avez vraiment des choses à transporter). Le modèle le plus populaire reste le Medium, qui fait 25 cm de large et se porte à la main ou en bandoulière courte.

Ce n'est pas un sac discret. Mais ce n'est pas non plus un sac qui crie. Il dit : je sais ce que je fais, et je l'ai choisi. Prix : à partir de 2 150 €.

Cabas

Le mot, c'est : direct.

Demna a sorti le Cabas en 2016, un an après son arrivée chez Balenciaga, et il ressemblait exactement à ce qu'il était : un sac de courses. Pas une interprétation poétique d'un sac de courses, pas une version luxe d'un sac de courses — juste un grand rectangle en cuir avec deux poignées et le logo imprimé en gros caractères sur le devant.

Le geste était clair. Balenciaga ne vendait pas du rêve, il vendait de l'honnêteté. Les gens portent des tote bags tous les jours — pourquoi faire semblant que c'est autre chose ? Le Cabas coûte 1 290 €, il est fait en veau grainé, et il tient un ordinateur, une bouteille d'eau, une veste pliée, et tout ce que vous avez oublié de sortir hier.

Il n'y a pas de fermeture. Il n'y a pas de poches intérieures. Il n'y a pas de doublure. C'est un sac qui assume ce qu'il est : un outil. Vous le remplissez, vous le portez, vous le posez par terre sans y penser. Le cuir est assez solide pour survivre à ça.

Le logo est gros, et c'est volontaire. Demna ne fait pas dans la discrétion codée — si vous portez Balenciaga, il veut que ça se voie. Mais il veut aussi que ça ait du sens. Le Cabas n'est pas là pour impressionner. Il est là pour fonctionner.

Crush

Le mot, c'est : souple.

Le Crush est arrivé en 2022, et c'est le sac le plus simple de cette liste. Une pochette en cuir plissé, sans structure, sans poignée rigide, sans rien qui le maintienne debout. Vous le tenez à la main, vous le glissez sous le bras, vous le portez en bandoulière fine. Il n'a pas de forme fixe — il prend celle de ce que vous y mettez.

C'est un sac pour le soir, mais pas pour un gala. Pour un dîner, pour un verre, pour une soirée où vous ne voulez pas porter grand-chose mais où vous ne voulez pas non plus avoir l'air d'avoir essayé trop fort. Le Crush dit : je suis là, je suis habillée, et je n'ai pas besoin de plus que ça.

Le plissage est fait à la main. Le cuir est fin — agneau nappa, pas veau grainé — et il bouge quand vous bougez. Il existe en version Small (qui tient un téléphone, des clés, un rouge à lèvres) et Medium (qui ajoute de la place pour un portefeuille et des lunettes). Les deux ont une chaîne amovible.

Portez-le avec une robe simple, un pantalon large, une veste oversize. Le Crush ne fait pas le travail à votre place — il complète ce que vous avez déjà construit. Prix : à partir de 1 490 €.

Entretien

Le cuir Balenciaga vieillit vite, et c'est une décision de design, pas un défaut. L'agneau du City et du Cagole est traité pour rester souple, pas pour rester neuf. Si vous voulez un sac qui a l'air d'avoir été acheté hier pendant dix ans, achetez autre chose.

Ce que vous pouvez faire : évitez l'eau. Si le sac est mouillé, laissez-le sécher à plat, loin d'une source de chaleur. Ne le remplissez pas au-delà de sa capacité — le cuir se détend, et il ne revient pas. Pour les rayures légères sur l'agneau, passez doucement avec le doigt — la chaleur de votre peau aide à les atténuer.

Pour les modèles structurés comme l'Hourglass, rangez-les debout avec du papier de soie à l'intérieur pour maintenir la forme. Pour les modèles souples, pliez-les et glissez-les dans leur pochette en coton. Pas de cintre, pas de crochet — le poids déforme les poignées.

Un bon sac Balenciaga dure quinze ans si vous le portez, cinq si vous essayez de le préserver. Portez-le.