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Burberry ne fait pas de chaussures comme Northampton en fait

Isabella Ferrari··6 min

Burberry ne fait pas de chaussures comme Northampton en fait. Ce n'est pas l'atelier qui taille la semelle, ce n'est pas l'artisan qui monte le Goodyear welted. C'est une maison anglaise qui sous-traite la majeure partie de sa production à l'Italie — souvent bien, parfois moins — et qui doit justifier des prix qui dépassent largement ceux d'un Church's ou d'un Tricker's. Ce qui rend intéressant le fait que certains de leurs modèles tiennent. Pas tous. Mais trois ou quatre paires reviennent dans les vestiaires des acheteurs que je connais, portées deux saisons, puis trois, puis cinq. Elles ne vieillissent pas en preuve d'erreur.

Ce qui définit une chaussure qui tient : la semelle ne se décolle pas au sixième mois. Le cuir ne craque pas en plis disgracieux après dix ports. La silhouette ne s'affaisse pas. Et surtout, elle reste portable quand la tendance qui l'a fait naître s'estompe. Burberry travaille bien le cuir box calf mat, structure correctement une semelle en caoutchouc moulé, et sait quand laisser une ligne simple. Les trois modèles qui suivent ont passé le test du quotidien — métro, pavés milanais, escaliers de showroom, pluie de mars. Pas en laboratoire. Dans la vie.

Arthur Sneaker

La Arthur est une basket basse en cuir lisse qui ne simule rien. Pas de running shoe revisitée, pas de référence sportswear détournée. Juste une sneaker plate avec une semelle en caoutchouc de deux centimètres, un bout rond légèrement carré, et un contrefort structuré qui maintient le talon sans le comprimer. Elle existe en noir, en blanc cassé, et dans une version beige sable qui vieillit mieux que les deux autres.

Le cuir est un box calf italien traité mat — pas le grain naturel que Hermès ou Berluti laissent respirer, mais un cuir scellé qui résiste à l'eau sans devenir plastique. Après huit mois de port régulier, la surface reste lisse. Les plis d'usure apparaissent à l'avant du pied, mais ils restent fins, ordonnés. Aucune craquelure. La semelle en caoutchouc vulcanisé ne se décolle pas, même après avoir été trempée trois fois dans la pluie. Le talon s'use de manière prévisible — un millimètre tous les quatre mois si vous marchez beaucoup — et peut être ressemellé chez n'importe quel cordonnier compétent pour quarante euros.

Ce qui fonctionne : la largeur. Burberry a taillé cette basket pour un pied européen moyen, pas pour un pied américain étroit. Si vous portez du 41 en sneakers italiennes, prenez du 41. La doublure en cuir lisse évite les frottements, et contrairement aux doublures en mesh technique, elle ne se déchire pas au bout de six mois. Le laçage est classique — cinq œillets, rien de décoratif — et les lacets plats en coton ciré tiennent le nœud sans glisser.

Ce qui ne fonctionne pas : le prix. À 590 €, la Arthur coûte deux cents euros de plus qu'une Common Projects Achilles et cent cinquante de plus qu'une Axel Arigato Clean 90. Elle n'est pas deux fois meilleure. Elle est solide, bien coupée, portable avec un pantalon de ville ou un jean brut. Mais vous payez aussi le logo discret embossé sur la languette et le fait que Burberry peut se permettre de facturer ce montant. Si ce détail vous arrête, passez votre chemin. Si vous cherchez une basket neutre qui ne ressemble pas à toutes les autres baskets blanches minimalistes du marché, elle fait le travail.

Chelsea Boot

Le Chelsea de Burberry n'est pas le modèle que la maison met en avant dans ses campagnes — celui-là, c'est souvent une version vernie ou une itération avec des boucles inutiles. Celui qui tient est le modèle de base en cuir de veau brossé, semelle en caoutchouc moulé, élastique noir mat sur les côtés. Pas de plateforme, pas de bout carré exagéré. Une Chelsea boot anglaise classique produite en Italie avec des standards corrects.

Le cuir utilisé ici est plus souple que celui de la Arthur. C'est un veau lisse légèrement grainé qui prend la forme du pied après une dizaine de ports. Les élastiques latéraux sont tissés épais — pas les bandes fines qui se détendent après trois mois — et cousus avec une double piqûre qui ne lâche pas. La semelle en caoutchouc est épaisse, sculptée avec un relief qui accroche sur sol mouillé, et collée puis cousue au niveau du talon. Après deux ans de port régulier, aucun décollement. Le talon en caoutchouc empilé s'use, comme tous les talons, mais peut être remplacé pour trente euros.

La coupe est ajustée sans être serrée. Si vous avez un cou-de-pied haut, prenez une demi-pointure au-dessus. La tige monte juste au-dessus de la cheville, ce qui permet de la porter avec un pantalon droit sans que le tissu ne se coince dans l'élastique. Burberry a laissé la ligne simple : pas de couture décorative, pas de détail check visible, juste une petite étiquette embossée à l'intérieur. C'est suffisant.

À 750 €, cette Chelsea coûte autant qu'une Crockett & Jones, qui sera mieux montée, et deux cents euros de plus qu'une Meermin, qui fera le même travail avec moins de finesse. Vous payez pour la coupe italienne et pour le fait que Burberry sait tailler une silhouette légèrement plus étroite que les bottiers anglais traditionnels. Si vous voulez une Chelsea qui se porte sous un costume slim ou un pantalon cigarette, celle-ci fonctionne. Si vous cherchez une botte de campagne robuste, allez chez Tricker's.

Lace-Up Derby

La derby en cuir lisse de Burberry est le modèle le moins attendu de cette sélection, et peut-être le plus solide. C'est une chaussure de ville classique avec un système de laçage ouvert, un bout rond légèrement allongé, et une semelle en cuir avec un patin en caoutchouc au talon. Pas de Goodyear welt — c'est une construction Blake, cousue directement à travers la semelle intérieure — mais bien exécutée, avec une couture régulière et un montage serré.

Le cuir est un box calf italien mat, similaire à celui de la Arthur mais légèrement plus épais. Il se patine avec le temps sans craqueler, et les plis qui se forment à l'avant du pied restent fins et réguliers. La doublure en cuir lisse est bien ajustée, sans excès de matière qui pourrait frotter. Le contrefort est rigide au départ — il faut compter une semaine de port pour qu'il se détende — mais ensuite il maintient le talon sans jamais glisser.

La semelle en cuir est fine, ce qui donne à la chaussure une silhouette élégante mais limite sa durabilité sur sol mouillé. Après six mois, il faut ajouter un patin en caoutchouc chez le cordonnier si vous marchez beaucoup. Le talon en cuir empilé avec insert caoutchouc tient bien, mais s'use plus vite que celui de la Chelsea. Comptez un ressemellage tous les dix-huit mois si vous portez la derby trois fois par semaine.

À 690 €, c'est une chaussure de ville correcte qui ne rivalise pas avec un Berluti ou un Crockett & Jones en termes de construction, mais qui offre une ligne plus contemporaine — légèrement plus étroite, moins formelle. Elle se porte bien avec un costume déstructuré ou un pantalon de flanelle. Si vous cherchez une derby pour tous les jours, elle fera le travail. Si vous voulez une chaussure qui dure vingt ans, investissez ailleurs.

Entretien et longévité

Les trois modèles partagent les mêmes besoins d'entretien : cirage neutre tous les quinze jours pour les cuirs lisses, brosse en crin après chaque port, embauchoirs en cèdre dès que vous les enlevez. Burberry ne fournit pas d'embauchoirs avec ses chaussures — achetez-en une paire chez Saphir ou chez n'importe quel cordonnier sérieux. Le cuir box calf mat utilisé par la maison ne nécessite pas de cirage coloré, juste une crème hydratante incolore deux fois par mois.

Pour les semelles en caoutchouc, rien à faire sauf surveiller l'usure du talon. Dès que vous voyez le caoutchouc se creuser de plus de deux millimètres, allez chez le cordonnier. Un ressemellage partiel coûte entre trente et cinquante euros et prolonge la vie de la chaussure de deux ans. Pour la derby à semelle cuir, ajoutez un patin en caoutchouc dès le premier mois — cela protège la couture Blake et évite de glisser sur sol mouillé.

Ces chaussures ne sont pas des investissements au sens où un Church's ou un John Lobb le sont. Elles ne dureront pas trente ans. Mais avec un entretien régulier et un ressemellage tous les deux ans, elles tiennent cinq à sept ans de port régulier. Ce qui, pour une maison qui ne fait pas de la chaussure son métier premier, reste honnête.

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