Livraison internationale offerte dès €300.
Bonjour Soir

La plupart des chaussures Balenciaga ne sont pas conçues pour durer

Isabella Ferrari··5 min

La plupart des chaussures Balenciaga ne sont pas conçues pour durer. Elles sont conçues pour signaler, pour déformer la silhouette, pour vieillir mal et vous obliger à revenir. C'est une stratégie parfaitement cohérente pour une maison qui a passé six ans à vendre des baskets délibérément laides à prix de souliers cousus Goodyear. Mais quelques modèles — trois, pour être précis — échappent à cette logique. Ce sont des chaussures que vous pouvez porter cent fois sans qu'elles ne s'affaissent, sans que la semelle ne se décolle, sans que le cuir ne craque aux plis de manière irréversible.

Ce qui définit une chaussure qui tient, ce n'est pas la construction Goodyear ou le cuir de veau pleine fleur — ces critères sont devenus des raccourcis marketing. C'est la manière dont elle absorbe la marche réelle : trottoirs mouillés, escaliers de métro, changements de température. C'est aussi, plus prosaïquement, la disponibilité des pièces de rechange. Une chaussure montée Blake qui peut être ressemblée à Milan vaut mieux qu'une Goodyear dont personne ne stocke les semelles. Balenciaga ne communique jamais sur la construction — l'atelier chaussure est sous-traité en Vénétie depuis 2005 — mais certains modèles portent les marques d'une conception sérieuse. Voici les trois qui justifient leur prix au-delà de la saison d'achat.

Le Knife

Le Knife est une botte montante en cuir mat, coupée près du mollet, avec un talon bobine de 80 mm et une semelle en cuir. Elle est apparue dans la collection automne-hiver 2017 et n'a jamais vraiment quitté la ligne permanente depuis. Ce n'est pas un classique — personne ne dira jamais « une paire de Knife » comme on dit « une paire de Chelsea » — mais c'est une chaussure qui fonctionne sur la durée pour une raison simple : la tige est taillée dans une seule pièce de vachette, sans couture latérale. Pas de couture signifie pas de point de rupture au niveau du cou-de-pied, là où la plupart des bottes à talon commencent à bâiller après trente ports.

Le cuir est un veau foulonné, légèrement graissé, qui marque peu. Les premiers plis apparaissent vers le quinzième port, mais ils restent superficiels. La semelle en cuir, par contre, s'use vite — comptez six mois si vous marchez quotidiennement sur du bitume. Mais elle se remplace facilement. N'importe quel cordonnier milanais qui travaille avec du cuir de 3 mm peut la refaire en deux jours. Le talon bobine est monté sur une âme en bois, pas en plastique moulé, ce qui signifie qu'il peut être recouvert sans démonter toute la chaussure.

Ce qui vieillit mal : la doublure intérieure en cuir d'agneau, trop fine, commence à se détacher au talon après quatre mois. Vous pouvez la recoller, mais il faut le faire tôt. Une fois qu'elle plisse, elle ne se retend plus.

Prix : 1 290 €. Disponible en noir, cognac, et une version vernie qui ne tient pas aussi bien.

La Triple S (version cuir, pas mesh)

Oui, la Triple S. Mais pas celle en mesh technique que tout le monde a portée en 2018. La version entièrement en cuir, sortie discrètement en 2019 et jamais vraiment promue. Semelle tricouche identique, silhouette identique, mais tige en cuir de veau pleine fleur au lieu du mesh polyester. Elle pèse 100 grammes de plus par chaussure et coûte 200 € de plus, mais elle traverse les saisons sans se désintégrer.

Le mesh, même doublé, ne résiste pas à l'humidité répétée. Il se distend, les œillets arrachent le tissu, la colle EVA qui maintient les couches de semelle commence à jaunir. La version cuir évite ces trois problèmes. Le veau est assez épais pour maintenir la forme sans renfort thermocollé, les œillets sont sertis dans le cuir même, et la semelle — toujours en EVA injecté, Balenciaga n'a jamais prétendu le contraire — est cousue en plus d'être collée. Vous voyez les points de couture sous la semelle intermédiaire si vous retournez la chaussure.

Ce qui surprend : le confort sur longue distance. La Triple S a été moquée comme une chaussure de poseur, trop lourde pour marcher vraiment. Mais l'épaisseur de la semelle absorbe mieux les chocs que n'importe quelle running technique. Après deux ans, la compression de l'EVA reste minime. Vous perdez peut-être 10 % de l'amorti, pas plus.

Ce qui ne tient pas : les lacets en coton ciré, trop fins, se rompent au niveau des œillets supérieurs. Remplacez-les immédiatement par des lacets ronds de 5 mm en coton brut. Les lacets Balenciaga d'origine ne sont pas disponibles à la pièce.

Prix : 1 050 €. Noir, blanc cassé, gris anthracite. Évitez les coloris à panneaux multiples — les coutures entre cuirs teints différemment ne vieillissent jamais uniformément.

Le Chelsea à semelle track

Le Chelsea Balenciaga existe en trois versions : semelle en cuir (trop fine, glisse sur carrelage mouillé), semelle en gomme plate (correcte mais sans caractère), et semelle track crantée de 45 mm. C'est cette dernière qui tient. La semelle est moulée en caoutchouc naturel, pas en synthétique, et elle est cousu-collée à la tige. Vous pouvez la faire ressemeler, mais vous n'aurez probablement pas besoin avant trois ans de port régulier.

La tige est en veau velours, pas en daim — une distinction que Balenciaga ne clarifie jamais, mais qui change tout en termes de résistance à l'eau. Le velours de veau est poncé côté fleur, ce qui signifie que les fibres sont plus courtes et plus denses. Il marque moins que le daim sous la pluie, et il se brosse plus facilement. Après un an, une brosse en crêpe suffit à raviver le velouté. Le daim, lui, aurait déjà viré au gris terne.

La doublure est en cuir de chèvre, suffisamment épaisse pour ne pas se déchirer au niveau de l'élastique. C'est un détail, mais c'est celui qui fait qu'une Chelsea dure ou non. La plupart des marques doublent en agneau ou en synthétique, et l'élastique finit par scier la doublure. Ici, après dix-huit mois, aucune usure visible.

Ce qui pourrait mieux faire : l'élastique lui-même. Balenciaga utilise un élastique tissé assez rigide, probablement pour maintenir la ligne près de la cheville. Mais il perd de sa tension après six mois. La chaussure ne bâille pas — la tige en velours compense — mais l'enfilage devient moins net. Un cordonnier peut resserrer l'élastique, mais il faut découdre une partie de la doublure. Comptez 80 € de main-d'œuvre.

Prix : 890 €. Noir, marron foncé, gris souris. Existe aussi en cuir lisse, mais le velours vieillit mieux.

Entretien et longévité

Aucune de ces trois chaussures ne demande un entretien complexe, mais aucune ne survivra non plus sans intervention. Le Knife et le Chelsea nécessitent une brosse douce après chaque port — pas pour nettoyer, juste pour redistribuer les fibres du cuir. La Triple S en cuir se nettoie à l'éponge humide, jamais en machine. Les semelles en caoutchouc naturel (Chelsea, Triple S) doivent être stockées à l'abri de la lumière directe — le caoutchouc naturel jaunit sous UV, et aucun produit ne le blanchit durablement.

Prévoyez un passage chez le cordonnier tous les six mois, même si rien ne semble cassé. Faire recoller une doublure qui commence à se soulever coûte 30 €. Attendre qu'elle se déchire coûte 150 €. Balenciaga ne propose aucun service après-vente pour les chaussures — pas de ressemelage maison, pas de pièces détachées, pas de réparation en atelier. Vous dépendez entièrement d'un cordonnier compétent. Trouvez-en un avant d'en avoir besoin.

La plupart des chaussures Balenciaga ne sont pas conçues ...