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## Les chaussures Bottega Veneta qui tiennent

Marcus Wright··5 min

Les chaussures Bottega Veneta qui tiennent

Bottega Veneta ne fait pas de promesses bruyantes. La maison milanaise travaille le cuir depuis 1966, et si son esthétique a évolué sous Daniel Lee puis Matthieu Blazy, l'approche reste la même : construction solide, matériaux honnêtes, finitions irréprochables. On ne vend pas de rêve, on vend des chaussures qui durent.

Ce qui distingue une bonne paire d'une paire médiocre n'est pas toujours visible en boutique. C'est une question de semelles qui ne se déforment pas après six mois, de coutures qui tiennent sous la pluie, de cuir qui patine au lieu de craqueler. Bottega Veneta maîtrise ces détails. Les chaussures sont fabriquées en Italie, souvent dans des ateliers du Veneto qui travaillent avec la maison depuis des décennies. Les peausseries viennent de tanneries sélectionnées. Le montage est fait à la main.

Ce qui suit n'est pas un catalogue. Ce sont trois modèles testés sur la durée — six mois minimum, portés plusieurs fois par semaine, exposés aux pavés londoniens, aux escaliers du métro, aux intempéries britanniques. Trois silhouettes différentes. Trois façons de tenir.

La Puddle Boot

La Puddle est arrivée sous Daniel Lee en 2020, et elle reste l'une des rares bottes chelsea qui méritent leur prix. La forme est classique : élastiques latéraux, bout rond, hauteur cheville. Mais la construction est celle d'une botte de pluie montée sur une semelle en caoutchouc de 30mm, avec une tige en cuir traité qui repousse l'eau sans être plastifiée.

Je les porte depuis dix-huit mois. Elles ont traversé trois hivers londoniens, ce qui signifie de la pluie continue, des flaques profondes, du sel sur les trottoirs. Le cuir a foncé légèrement, surtout autour des coutures, mais il n'a jamais craquelé. Les élastiques n'ont pas perdu leur tension. La semelle montre de l'usure sur le talon — normal pour du caoutchouc — mais elle n'a jamais décollé.

Ce qui impressionne, c'est la doublure. Bottega Veneta utilise un cuir de veau fin à l'intérieur, traité pour résister à l'humidité. Après dix-huit mois, il n'y a pas d'odeur, pas de déformation. La plupart des bottes chelsea bon marché développent une odeur de moisi après un hiver. Celles-ci sentent encore le cuir neuf.

Le prix est élevé — 950€ au lancement, désormais autour de 1 100€. Mais pour une botte qui fonctionne réellement sous la pluie et qui reste présentable en ville, c'est un investissement défendable. Je les ai portées avec un costume en laine peignée et elles tiennent visuellement. Je les ai portées avec un jean brut et elles ne dénotent pas.

La Cassette Loafer

La Cassette est devenue l'un des motifs signature de Bottega Veneta sous Lee, et la loafer reprend le tressage intrecciato sur la tige. C'est une silhouette penny loafer classique — bout rond, couture mocassin, semelle en cuir — mais la construction est entièrement tressée, ce qui change la façon dont le cuir vieillit.

Je les porte depuis huit mois. Le tressage est en veau pleine fleur, teint dans la masse, ce qui signifie que les rayures ne révèlent pas une base différente. Avec le temps, les bandes de cuir se sont légèrement assouplies, mais elles n'ont pas perdu leur définition. Le motif reste net. C'est un point important : beaucoup de chaussures tressées bon marché s'aplatissent après quelques semaines, parce que le cuir est trop fin ou mal traité.

La semelle est en cuir de vachette, montée Blake. Ce n'est pas la construction la plus robuste — un Goodyear welt serait plus durable — mais c'est plus souple, et pour une loafer portée principalement en intérieur ou sur trottoir sec, c'est suffisant. Après huit mois, la semelle montre de l'usure au niveau de la voûte plantaire, là où le poids se concentre. J'ai fait poser un demi-patin en caoutchouc par un cordonnier, ce qui prolongera la durée de vie d'un an ou deux.

Le confort est excellent dès le premier jour. Pas de période de rodage, pas d'ampoules. Le tressage donne une certaine élasticité à la tige, qui s'adapte au pied sans se déformer. Je les porte sans chaussettes en été, avec des chaussettes fines en laine le reste de l'année. Aucun problème de frottement.

Prix actuel : 1 200€. C'est élevé pour une loafer, mais la construction justifie le tarif. Si vous cherchez une alternative plus sobre, Bottega propose également une penny loafer classique en cuir lisse pour environ 850€, avec la même qualité de montage.

La Tire Boot

La Tire est une botte montante à lacets, introduite en 2021. La silhouette rappelle les bottes de travail — bout rond, œillets métalliques, semelle épaisse — mais la construction est celle d'une botte habillée. Tige en cuir de veau ciré, doublure en cuir, semelle en caoutchouc nervuré.

Je les porte depuis six mois, principalement en automne et en hiver. Elles pèsent plus lourd que la Puddle — environ 800g par pied — mais elles tiennent mieux la cheville, ce qui est utile sur terrain irrégulier. Le cuir est traité avec une cire naturelle qui repousse l'eau sans imperméabiliser complètement. Après six mois, il a développé une patine irrégulière, plus sombre aux plis, plus claire sur les parties plates. C'est exactement ce qu'on attend d'un cuir ciré de qualité.

Les lacets sont en coton ciré, épais, avec des embouts métalliques. Ils n'ont pas cassé, ce qui est rare. La plupart des lacets de botte se déchirent au niveau des œillets après quelques mois. Ceux-ci montrent de l'usure, mais ils tiennent.

La semelle est en caoutchouc moulé, avec un relief profond qui accroche bien sur sol mouillé. Elle est plus épaisse que celle de la Puddle — environ 40mm — ce qui donne une allure plus robuste. Après six mois, l'usure est minime. Le caoutchouc est dense, probablement Vibram ou équivalent.

Ce qui distingue la Tire des autres bottes de travail haut de gamme, c'est l'équilibre. Elle est assez robuste pour tenir sous la pluie, assez sobre pour être portée avec un pantalon en flanelle. Je les ai portées avec un costume en tweed et elles fonctionnent. Je les ai portées avec un jean brut et un pull en laine, et elles ne dénotent pas.

Prix actuel : 1 350€. C'est le modèle le plus cher des trois, et c'est justifié par la construction. Si vous avez besoin d'une seule paire de bottes pour l'hiver, c'est celle-ci.

Entretien et longévité

Les trois modèles bénéficient d'un entretien simple. Pour la Puddle et la Tire, un coup de chiffon humide après chaque sortie sous la pluie suffit à enlever le sel et les saletés. Une fois par mois, j'applique une crème nourrissante incolore — Saphir Médaille d'Or fonctionne bien — pour maintenir la souplesse du cuir. La Cassette nécessite un peu plus d'attention : le tressage retient la poussière, donc je passe une brosse douce une fois par semaine.

Les semelles en caoutchouc ne nécessitent aucun entretien particulier. Les semelles en cuir de la Cassette doivent être protégées dès l'achat avec un patin en caoutchouc, ce que n'importe quel cordonnier peut faire pour 20€.

Bottega Veneta offre un service de réparation pour toutes ses chaussures. Je n'ai pas encore eu besoin d'y recourir, mais plusieurs amis l'ont utilisé pour des ressemelages ou des changements d'élastiques. Le délai est d'environ six semaines, et les tarifs sont raisonnables pour du travail fait en atelier italien.

Une bonne paire de chaussures dure dix ans si elle est bien entretenue. Ces trois modèles sont partis pour tenir cette promesse.

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