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Les chaussures Givenchy — celles qui durent — ne sont pas les plus bruyantes de la collection

Isabella Ferrari··5 min

Les chaussures Givenchy — celles qui durent — ne sont pas les plus bruyantes de la collection. Elles ne portent pas de logo surdimensionné, ne claquent pas sur les planches du défilé, et n'apparaissent pas nécessairement dans les visuels de campagne. Ce sont les modèles qui, deux ans après l'achat, tiennent encore la semelle d'origine et la ligne de couture. Celles qu'on remet en rotation sans y penser, parce qu'elles n'ont jamais posé de problème.

Givenchy produit à l'italienne — Marche et Toscane principalement — et cela se sent dans la construction. Les cuirs sont sélectionnés en amont, les tiges montées à la main sur des formes classiques, et les finitions incluent encore des étapes qui coûtent cher en main-d'œuvre. Mais tous les modèles ne vieillissent pas aussi bien. Certains cèdent à la tendance, d'autres privilégient l'effet visuel sur la tenue mécanique.

Ce qui suit n'est pas un catalogue. C'est un retour d'expérience sur trois paires testées dans des conditions réelles — pavés milanais, escaliers de métro, semaines de Fashion Week — et qui, contre toute attente dans une industrie qui pousse au renouvellement constant, méritent d'être portées jusqu'au bout.

TK-360 Derby en cuir box

La TK-360 est une derby montée sur semelle Goodyear, ce qui signifie qu'elle peut être ressemblée indéfiniment par un cordonnier compétent. Le cuir box — un veau tanné au chrome puis poli — développe une patine mate qui masque les éraflures plutôt que de les souligner. Après dix-huit mois de port régulier, la mienne présente des plis d'aisance au niveau de l'empeigne, mais aucune craquelure.

La forme est classique — bout arrondi, laçage à cinq œillets — avec une légère élévation du talon qui redistribue le poids vers l'avant. Ce n'est pas une chaussure de marche technique, mais elle supporte huit heures debout sans que le médio-pied ne s'affaisse. Le contrefort arrière reste rigide, ce qui empêche le talon de glisser lors de la marche rapide.

Givenchy propose ce modèle en noir et en marron foncé. Le noir vieillit mieux — le marron a tendance à virer vers le roux sous l'effet du cirage répété. La semelle en cuir d'origine est glissante sur sol mouillé pendant les trois premières semaines, puis se stabilise une fois que la surface s'est légèrement abrasée. Compter 720 € en boutique, parfois 580 € en période de soldes privées.

Ce qui fonctionne : la couture trépointe qui permet le ressemellage, l'épaisseur du cuir (1,4 mm environ, suffisamment souple pour se former sans casser), et l'absence de détails superflus qui auraient pu se détacher. Ce qui ne fonctionne pas : l'intérieur du talon, doublé en cuir lisse, demande une semaine de rodage avant de cesser de frotter.

Sneaker Spectre en cuir nappa

La Spectre est une basket basse montée sur semelle en caoutchouc vulcanisé, avec une tige en nappa pleine fleur et un renfort en cuir au niveau du talon. Elle date de la collection printemps-été 2022 et reste au catalogue depuis, ce qui est rare dans une catégorie où les modèles tournent tous les six mois.

Le nappa utilisé ici est un cuir souple, légèrement grainé, qui absorbe les chocs sans marquer. Après deux ans, la paire que je porte régulièrement présente un léger affaissement au niveau du col, mais aucune déchirure ni décollement. La semelle en caoutchouc — épaisse de 2,5 cm environ — conserve son adhérence et ne montre qu'une usure minime sur les zones de friction principales.

Ce qui distingue la Spectre des autres baskets de luxe, c'est la construction de la première de propreté. Givenchy utilise une semelle intérieure en cuir de 3 mm, moulée sur une forme anatomique, qui se patine avec le temps au lieu de s'aplatir. Résultat : le confort augmente après les cinquante premières heures de port, au lieu de se dégrader.

Le modèle existe en blanc cassé, noir, et gris anthracite. Le blanc vieillit mal — les coutures absorbent la saleté et le nappa clair jaunit légèrement. Le noir reste le choix le plus rationnel. Compter 590 € en boutique, rarement soldé.

Ce qui fonctionne : la semelle vulcanisée qui ne se décolle pas, le renfort arrière qui maintient le pied sans comprimer, et la languette en nappa doublée qui ne glisse pas latéralement. Ce qui ne fonctionne pas : les œillets métalliques, qui ont tendance à oxyder légèrement si la chaussure est portée sous la pluie sans séchage immédiat.

Botte Chelsea en veau velours

La Chelsea de Givenchy est montée sur une forme étroite, avec un élastique latéral en grosgrain renforcé et une semelle en cuir doublée d'une fine couche de caoutchouc au niveau du talon. Le veau velours — un cuir retourné dont la surface est poncée — demande un entretien régulier, mais résiste mieux aux intempéries que le daim classique.

Après trois hivers milanais, ma paire montre une usure localisée au niveau de la tirette arrière, où le cuir a légèrement pelé, mais la structure générale tient. L'élastique n'a pas perdu sa tension, ce qui est le premier point de défaillance sur la plupart des Chelsea bon marché. La semelle en cuir a été ressemellée une fois — opération facile, réalisée en deux jours par un cordonnier local pour 85 €.

Le modèle existe en noir, marron foncé, et gris anthracite. Le noir en veau velours est le plus polyvalent — il se porte aussi bien avec un pantalon de ville qu'un jean brut. La hauteur de tige est classique, environ 13 cm, ce qui permet de rentrer un bas de pantalon sans volume excessif.

Givenchy a légèrement modifié la forme en 2023 — la nouvelle version présente un bout plus effilé et un talon légèrement plus haut. L'ancienne forme, plus arrondie, vieillit mieux à mon sens. Si vous trouvez un stock de l'ancienne coupe en boutique outlet, c'est une opportunité. Compter 850 € pour la version actuelle, parfois 680 € en vente privée.

Ce qui fonctionne : l'élastique renforcé qui conserve sa tension, la semelle mixte cuir-caoutchouc qui offre adhérence sans épaisseur excessive, et la doublure en cuir de veau qui respire. Ce qui ne fonctionne pas : la tirette arrière, trop fine, qui s'use rapidement si on tire dessus tous les jours.

Entretien et longévité

Les trois modèles partagent un point commun : ils répondent bien à l'entretien classique. Un cirage mensuel pour la derby et la Chelsea, un brossage hebdomadaire pour la Spectre, et un imperméabilisant en spray avant l'hiver suffisent. Givenchy ne fournit pas de semelles de rechange ni de kit d'entretien dans la boîte — il faut les acheter séparément ou passer par un cordonnier.

La durée de vie moyenne, portées deux à trois fois par semaine, se situe entre trois et cinq ans avant le premier ressemellage. Le cuir continue de vieillir après, mais la structure reste intacte si le modèle a été bien choisi au départ. Ce ne sont pas des chaussures qu'on garde intactes dans leur boîte. Ce sont des chaussures qu'on porte jusqu'à ce qu'elles deviennent les siennes.

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