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Les chaussures Louis Vuitton ne sont pas toutes construites de la même façon

Aaliyah Diallo··5 min

Les chaussures Louis Vuitton ne sont pas toutes construites de la même façon. Certaines sont des objets d'image — faites pour être photographiées, portées deux saisons, puis rangées. D'autres sont des outils. Elles traversent les années sans s'excuser, sans s'affaisser, sans perdre leur ligne. La différence n'est pas toujours visible en boutique. Elle se révèle au bout de six mois, d'un an, de trois ans.

Ce qui tient chez Louis Vuitton, c'est ce qui est construit avec une certaine idée de la permanence. Semelles cousues Goodyear. Cuirs à tannage végétal qui patinent au lieu de craquer. Formes qui acceptent le pied sans le forcer. On ne parle pas ici de chaussures indestructibles — rien ne l'est vraiment — mais de modèles qui vieillissent bien, qui se réparent, qui se portent assez souvent pour justifier leur prix.

J'ai porté trois modèles sur la durée. Pas en rotation prudente, mais comme chaussures de travail, de voyage, de vie quotidienne. Voici ce qui reste debout.

Derby LV Trainer en cuir grainé

La LV Trainer existe en plusieurs versions. Celle en cuir grainé noir — pas en toile, pas en veau lisse — est celle qui dure. Je la porte depuis deux ans et demi. Elle a traversé des pavés mouillés à Paris, des trottoirs salés à New York en février, des escaliers de métro, des halls d'aéroport à quatre heures du matin. Le cuir grainé absorbe les chocs sans les garder en mémoire.

La construction est celle d'une basket de luxe sérieuse : semelle en caoutchouc vulcanisé, assise plantaire en cuir, doublure en veau. Pas de mesh, pas de matériaux composites qui se délitent au bout de dix-huit mois. Le poids est là — 340 grammes par chaussure — mais c'est le poids de la densité, pas du superflu. La forme reste stable. Après deux ans et demi, l'empeigne n'a pas cédé, la semelle n'a pas perdu son adhérence, le contrefort tient toujours le talon sans mollir.

Ce qui vieillit : les œillets métalliques se ternissent un peu. La semelle intérieure se tasse légèrement au niveau de la voûte plantaire, mais sans s'effondrer. Le cuir grainé prend une patine sourde, presque mate, qui lui donne plus de présence qu'au premier jour.

Ce qui ne vieillit pas : la semelle extérieure, qui garde son dessin. La structure générale, qui ne s'affaisse pas. La propreté de la ligne, qui ne se déforme pas même après des centaines de ports.

Prix : 950 €. Disponible en noir, en marron foncé, en blanc cassé. Le noir est le plus résilient.

Mocassin Monte Carlo en cuir box

Le Monte Carlo est un modèle discret dans la gamme Louis Vuitton. Pas de monogramme apparent, pas de détail qui crie. C'est un mocassin à couture tubulaire, construit sur une forme étroite, avec une semelle en cuir et un talon en caoutchouc de quatre millimètres. Le cuir box — un veau à tannage chrome, finition semi-brillante — est celui qu'on utilisait pour les chaussures d'officier. Il se raye facilement, mais il se polit tout aussi facilement.

Je porte ce modèle depuis trois ans. Il a été ressemblé une fois, au bout de vingt mois, chez un cordonnier qui travaille pour des maisons parisiennes. La couture tubulaire permet ce genre d'intervention sans démonter toute la chaussure. La semelle d'origine était en cuir pleine fleur ; elle a été remplacée par une semelle identique, avec une fine couche de caoutchouc ajoutée pour l'adhérence. Coût de la réparation : 120 €.

Ce qui tient : la forme. Le Monte Carlo ne se détend pas. Il ne devient pas mou. Après trois ans, il enserre toujours le pied avec la même fermeté. L'empeigne en cuir box a pris une patine inégale — plus sombre sur le bout, plus claire sur les côtés — qui lui donne une profondeur que le neuf n'avait pas.

Ce qui demande de l'entretien : le cuir box. Il faut le cirer tous les quinze jours si on le porte souvent. Sans ça, il sèche et commence à craqueler au niveau du pli de flexion. Avec un entretien régulier, il reste souple et brillant.

Prix : 790 €. Disponible en noir, en marron cognac, en marine. Le noir est le plus facile à entretenir ; le cognac patine mieux.

Chelsea Stellar en veau velours

La Stellar est une chelsea classique : élastiques latéraux, bout rond, semelle en caoutchouc crepe de huit millimètres. Louis Vuitton la propose en plusieurs matières. La version en veau velours — ce qu'on appelle aussi du suede — est celle qui surprend par sa longévité. Le velours a mauvaise réputation. On le croit fragile, salissant, impossible à porter sous la pluie. C'est vrai pour du velours bas de gamme. Pas pour celui-ci.

Je porte cette paire depuis quatre ans. Elle a vu de la pluie, de la neige fondue, de la boue. Le velours est un veau retourné, tannage végétal, densité de 1,4 millimètre. Il ne boit pas l'eau ; il la repousse si on l'a imperméabilisé correctement. Après quatre ans, il a perdu un peu de son velouté d'origine — la surface est plus lisse, plus compacte — mais il n'a pas pelé, il n'a pas brillé aux mauvais endroits.

La semelle crepe est celle qui pose question. Le crepe est confortable, silencieux, adhérent, mais il s'use plus vite qu'une semelle en caoutchouc classique. Sur la Stellar, la semelle a tenu trois ans avant de montrer une usure franche au talon. Louis Vuitton ne ressemble pas ses crepe en interne ; il faut passer par un cordonnier indépendant. J'ai fait poser une semelle Vibram crepe de même épaisseur. Coût : 95 €. La chaussure est repartie pour trois ans.

Ce qui vieillit bien : tout le haut de la chaussure. Les élastiques gardent leur tension. Le contrefort reste rigide. La doublure en cuir — pas en textile — ne se déchire pas, ne se détache pas.

Ce qui demande de la vigilance : le velours lui-même. Il faut le brosser après chaque port avec une brosse en crêpe, surtout si on a marché en ville. La poussière urbaine, mélangée à l'humidité, forme une pellicule grasse qui étouffe le velours. Sans brossage régulier, il perd sa texture en six mois.

Prix : 850 €. Disponible en anthracite, en taupe, en marine. L'anthracite cache mieux les traces d'usure.

Ce qui prolonge une chaussure Louis Vuitton

Aucune de ces trois paires n'a survécu par hasard. Elles ont toutes été entretenues de façon systématique : cirage ou imperméabilisant selon le matériau, embauchoirs en cèdre après chaque port, rotation stricte pour ne jamais porter la même paire deux jours de suite. Le cuir, quel qu'il soit, a besoin de respirer. Une chaussure portée tous les jours s'effondre en un an, peu importe sa qualité de départ.

Les maisons comme Louis Vuitton construisent des chaussures réparables, mais elles ne les réparent pas toutes elles-mêmes. Il faut trouver un cordonnier qui connaît les constructions cousues, qui a accès à des semelles de qualité, qui ne va pas remplacer du cuir pleine fleur par du caoutchouc bas de gamme. À Paris, à New York, à Londres, ces artisans existent encore. Ailleurs, il faut chercher.

Une chaussure qui tient, c'est une chaussure qu'on accepte de faire réparer. Le prix initial n'est qu'une partie de l'équation.