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Bonjour Soir

Les chaussures qu'on garde ne sont pas toujours celles qu'on pense garder

Aaliyah Diallo··6 min

Les chaussures qu'on garde ne sont pas toujours celles qu'on pense garder. Parfois c'est une paire achetée sur un coup de tête, parfois c'est celle qu'on hésite à porter les premières semaines parce qu'elle demande un rodage. Mais au bout d'un an, de deux ans, de cinq, on sait. On sait parce que le cuir a pris la forme du pied sans perdre sa structure. On sait parce que la semelle n'a pas cédé après cent jours de pluie à Paris ou trois étés consécutifs sur du gravier. On sait parce qu'on les met sans y penser, et qu'elles tiennent.

ZUZWA fabrique ce genre de chaussures. Pas le genre qu'on achète pour une occasion précise, pas le genre qu'on range après la saison. Le genre qu'on ressort tous les six mois et qui fonctionne encore — mieux, même, parce que le cuir s'est assoupli aux bons endroits et durci aux autres. La maison travaille avec des tanneries italiennes et portugaises qui fournissent des peaux pleine fleur, monte ses semelles à la main, et ne produit qu'en petites séries. Rien de révolutionnaire dans le procédé. Juste une rigueur qui se voit au bout de deux hivers.

On a porté trois modèles sur la durée — pas une semaine, pas un mois. Six mois minimum, dans des conditions normales : métro, trottoir, pavé, escaliers, pluie, soleil, oubli dans un placard, reprise. Voici ce qui tient.

La Derby en veau lisse

La Derby ZUZWA ressemble à toutes les derbies bien faites jusqu'à ce qu'on la porte. Veau lisse couleur tabac, couture Blake, semelle en cuir avec un demi-patin en gomme à l'avant. Rien qui attire l'œil. Tout qui fonctionne.

Le rodage prend une dizaine de jours. Le contrefort est rigide au début — assez pour qu'on hésite à les mettre deux jours de suite. Puis il cède. Pas complètement, juste assez pour épouser l'arrière du talon sans frotter. À trois mois, la chaussure a trouvé sa forme. À six mois, elle est devenue celle qu'on met pour prendre le train, pour un déjeuner de travail, pour un dîner où on ne veut pas réfléchir à ce qu'on porte.

Le cuir vieillit bien. Les plis d'empeigne se dessinent proprement, sans casser. Les éraflures se polissent. La semelle s'use de manière prévisible — l'arrière du talon d'abord, puis l'avant de la plante — mais garde son adhérence. On l'a portée sous la pluie à Londres en novembre, sur du gravier en Provence en août, dans le métro parisien tout l'hiver. Elle n'a pas bougé.

Le demi-patin en gomme est un détail qu'on remarque tard mais qui compte. Il absorbe le choc sans alourdir la ligne, et il se remplace facilement chez n'importe quel cordonnier. ZUZWA propose aussi un ressemelage complet à l'atelier pour 85 €, ce qui est raisonnable pour une chaussure montée Blake.

Prix : 340 €. Disponible en cinq couleurs, du noir au cognac. Taille du 36 au 42.

La sandale à bride arrière

On n'attend pas qu'une sandale tienne des années. On attend qu'elle tienne l'été, peut-être deux si elle est bien faite. Celle-ci en est à son troisième.

Cuir grainé couleur camel, semelle en cuir doublée d'une fine couche de crêpe, bride réglable à la cheville avec une boucle en laiton. La coupe est simple : une large bande sur l'avant du pied, une autre qui remonte sur le cou-de-pied, la bride qui maintient l'arrière. Pas de doublure intérieure — le cuir est suffisamment souple pour se porter à même la peau.

Le confort est immédiat. Pas de rodage, pas de point de friction. On peut les mettre dès la sortie de la boîte et marcher cinq kilomètres sans y penser. Le cuir grainé résiste mieux que prévu à l'eau, à la poussière, aux taches de crème solaire. La semelle en crêpe amortit sans être trop épaisse, et elle ne glisse pas sur du carrelage mouillé.

Ce qui impressionne, c'est la boucle. Trois étés plus tard, elle fonctionne encore parfaitement. Pas de jeu, pas d'usure visible sur l'ardillon. ZUZWA utilise du laiton massif, pas du plaqué, et ça se voit. La patine se développe lentement, de manière uniforme. Certaines personnes préfèrent la polir, d'autres la laissent vieillir. Les deux fonctionnent.

On l'a portée à Lisbonne, à Marrakech, à Brooklyn en juillet. Sur du pavé, du sable, de l'asphalte brûlant. Elle a pris la forme du pied sans perdre sa tenue. Le cuir s'est assoupli aux points de flexion, mais la structure reste intacte. On peut encore la porter toute une journée sans que le pied glisse vers l'avant.

Prix : 280 €. Disponible en camel, noir, et un vert olive qui fonctionne mieux qu'on ne le pense. Taille du 36 au 42.

La mule à talon carré

Les mules posent toujours la même question : est-ce qu'elles tiennent au pied sans bride arrière, ou est-ce qu'on passe la journée à les rattraper ? Avec celle-ci, elles tiennent.

Veau nappa couleur noir, talon carré de 6 cm, semelle intérieure légèrement galbée. La coupe de l'empeigne fait tout le travail : elle enveloppe le dessus du pied assez haut pour maintenir sans comprimer, et la ligne de découpe suit la courbe naturelle du cou-de-pied. Résultat : le pied reste en place, même en marchant vite.

Le talon carré de 6 cm est une hauteur intelligente. Assez pour allonger la jambe, pas assez pour déséquilibrer. On peut les porter huit heures d'affilée — testé lors d'une journée de rendez-vous entre Midtown et le Lower East Side, avec quatre trajets en métro et six blocs à pied entre chaque. Aucune douleur à l'avant du pied, aucune crampe au mollet.

Le nappa vieillit différemment du veau lisse. Il garde son aspect mat, développe moins de patine, mais il est plus résistant aux éraflures. Après six mois de port régulier, la paire n'a pratiquement pas de marques visibles. Le talon en bois recouvert de cuir montre quelques éclats sur les bords — inévitable avec ce type de construction — mais rien qui compromette la stabilité. ZUZWA propose un service de retapage du talon pour 45 €.

Ce qui surprend, c'est la polyvalence. On les porte avec un pantalon large pour le travail, avec une jupe midi pour un dîner, avec un jean le week-end. Elles ne demandent rien d'autre que d'être bien ajustées. Et elles le sont.

Prix : 360 €. Disponible en noir, bordeaux, et un beige clair qu'il faut assumer. Taille du 36 au 42.

Ce qu'il faut savoir sur l'entretien

Les chaussures ZUZWA n'ont pas besoin de soins compliqués, mais elles en demandent. Du cirage tous les mois pour les modèles en veau lisse, une brosse en crêpe pour nettoyer les semelles, un coup de chiffon humide après la pluie. Rien qu'on ne ferait pas pour n'importe quelle paire bien faite.

La maison recommande un ressemelage tous les deux ans pour un port régulier, plus tôt si on marche beaucoup sur du bitume. Les cordonniers qui travaillent avec du Blake peuvent le faire, mais ZUZWA propose aussi un service d'atelier avec un délai de trois semaines. Compter entre 85 € et 110 € selon le modèle.

Les semelles en cuir demandent une attention particulière les premières semaines — elles glissent sur sol mouillé tant qu'elles ne sont pas rodées. Certaines personnes font poser un patin en gomme dès l'achat. D'autres attendent. Les deux approches fonctionnent. L'essentiel est de ne pas les laisser sécher près d'une source de chaleur directe après la pluie. Le cuir se rétracte, le montage se déforme. On laisse sécher à température ambiante, on bourre de papier journal si elles sont vraiment trempées.

Ce sont des chaussures qu'on garde. Il suffit de s'en occuper.

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