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## L'essentiel selon Brunello Cucinelli

Marcus Wright··6 min

L'essentiel selon Brunello Cucinelli

Brunello Cucinelli ne fait pas de sacs à main. Il fait des contenants en cuir qui se trouvent être des sacs. La distinction compte. Pas de logo apparent, pas de hardware surdimensionné, pas de campagne centrée sur un it-bag baptisé d'un prénom. Ce qui sort de l'atelier de Solomeo ressemble plutôt à ce qu'un tailleur ferait s'il se mettait au maroquinage : construction irréprochable, matériaux choisis pour vieillir plutôt que pour briller, proportions pensées pour le corps et non pour l'étagère.

Le cuir utilisé est souvent un veau pleine fleur tanné en Italie, parfois délavé à la main pour obtenir cette patine que d'autres marques simulent en usine. Les coutures sont droites. Les poignées tombent naturellement. Rien ne crie. C'est l'approche d'un homme qui a bâti sa fortune sur le cachemire et qui applique la même logique au reste : qualité d'abord, discrétion ensuite, durabilité toujours.

Ce qui suit n'est pas une liste de best-sellers. C'est une sélection de cinq pièces qui illustrent ce que Brunello Cucinelli fait de mieux en maroquinerie, chacune résumée en un seul mot. Pas de superlatifs. Juste ce qu'il faut savoir.

City Tote — Capacité

C'est le sac que vous prenez quand vous avez cessé de faire semblant de voyager léger. Brunello Cucinelli le propose en veau grainé souple, sans doublure rigide, avec deux poignées en cuir tressé qui ne glissent pas de l'épaule. L'intérieur est en daim. Il n'y a qu'une poche zippée, ce qui signifie que vous devrez organiser le reste vous-même.

La construction est simple : un rectangle de cuir plié et cousu, des soufflets latéraux pour la profondeur, une base renforcée qui tient debout sans armature métallique. Le tout pèse moins que vous ne le pensez. Brunello Cucinelli a compris qu'un grand sac ne doit pas être lourd à vide.

Il existe en trois tailles. La moyenne mesure environ 38 cm de large, ce qui suffit pour un ordinateur 13 pouces, un pull de rechange et le désordre habituel. La grande version franchit la barre des 45 cm et devient un fourre-tout de week-end. Les deux ferment avec un rabat aimanté discret, pas de fermoir.

Ce n'est pas un sac structuré. Il s'affaisse quand vous le posez. Certains trouveront ça négligé. D'autres y verront une honnêteté formelle : un sac qui avoue ce qu'il contient plutôt que de le cacher derrière une silhouette rigide. Comptez environ 2 400 €.

Messenger Bag — Équilibre

La sacoche en bandoulière est un format difficile. Trop petite, elle sert à rien. Trop grande, elle pend et tire sur l'épaule. Brunello Cucinelli règle le problème avec une pièce de 32 cm de large en veau délavé, portée en travers du corps, qui trouve son point d'équilibre juste sous la hanche.

La bandoulière est réglable, évidemment, mais surtout elle est large — 4 cm environ — et doublée de daim sur la face intérieure. Ça change tout. Vous pouvez charger le sac sans que la sangle ne cisaille l'épaule. Le rabat ferme avec deux boucles en laiton vieilli, pas de logo, juste une gravure discrète sur le métal.

L'intérieur est compartimenté : une poche pour un iPad ou un carnet A5, une autre pour un portefeuille, deux emplacements pour stylos. C'est pensé pour quelqu'un qui se déplace à pied et qui a besoin d'accéder rapidement à ses affaires sans fouiller. La patine se développe vite sur les angles. Après six mois, le cuir prend une teinte ambrée aux points de friction. Environ 1 900 €.

Bowling Bag — Rondeur

Brunello Cucinelli revisite le sac bowling sans tomber dans le pastiche années cinquante. Pas de bicolore, pas de piping contrasté. Juste une forme arrondie en veau lisse, deux poignées courtes et une bandoulière amovible. Le tout mesure environ 30 cm de long, ce qui le place entre le sac de jour et le vrai bagage.

Ce qui fonctionne ici, c'est la proportion. Le sac est haut — presque aussi haut que large — ce qui lui donne une présence sans volume excessif. La fermeture éclair court sur toute la longueur supérieure, avec deux curseurs qui se rejoignent au milieu. Pas de cadenas, pas de charm. L'intérieur est en nubuck beige, avec une poche zippée sur un côté.

La construction est semi-rigide. Le fond tient sa forme grâce à un renfort en carton gainé de cuir, mais les flancs restent souples. Vous pouvez le comprimer sous le bras ou le laisser bomber naturellement. Il vieillit bien : les poignées foncent, le cuir se détend légèrement, les angles s'arrondissent. Après un an, il a l'air porté, pas usé. Environ 2 100 €.

Clutch — Retenue

La pochette est un exercice de retenue. Pas de place pour l'erreur. Brunello Cucinelli la propose en veau suédé ou en cuir grainé, format rectangulaire, 28 cm de large, avec un rabat magnétique et rien d'autre. Pas de chaîne, pas de dragonne, pas de poignée escamotable. Vous la tenez ou vous la glissez sous le bras.

L'intérieur est en cuir lisse, avec deux fentes pour cartes et une poche plate. Ça suffit pour un téléphone, un portefeuille plat, des clés et un rouge à lèvres. Si vous essayez d'y mettre plus, le rabat ne ferme plus correctement. C'est une contrainte utile. La pochette vous force à trier.

Le cuir utilisé est plus fin que sur les autres pièces de la gamme — environ 1,2 mm — ce qui permet au sac de rester plat même rempli. Les coutures sont invisibles, repliées vers l'intérieur. Brunello Cucinelli propose cette pièce en gris tourterelle, en beige sable et en noir. Le gris vieillit le mieux : il fonce progressivement sans virer au marron. Environ 950 €.

Backpack — Sobriété

Le sac à dos en cuir est souvent raté. Trop de marques essaient d'imiter le nylon technique en cuir, ce qui donne des pièces lourdes et rigides. Brunello Cucinelli fait l'inverse : un sac souple en veau délavé, avec deux bretelles matelassées et une seule poche extérieure. La forme est simple, presque monacale.

La capacité est de 18 litres environ, ce qui suffit pour un ordinateur 15 pouces, des vêtements de rechange et une trousse de toilette. La fermeture principale est un rabat à boucle, doublé d'une tirette zippée à l'intérieur. Pas de compression externe, pas de sangles superflues. Le dos est légèrement galbé et doublé de daim perforé pour l'aération.

Les bretelles sont larges — 6 cm — et réglables par des boucles en laiton. Elles ne glissent pas, même chargé. Le sac pèse 900 grammes à vide, ce qui est raisonnable pour du cuir pleine fleur. Il existe en marron tabac et en noir. Le marron patine vite. Après trois mois, les zones de frottement prennent une teinte miel. Environ 2 600 €.

Entretien et longévité

Le cuir Brunello Cucinelli n'a pas besoin de grand-chose. Un coup de chiffon sec chaque semaine suffit. Pour les taches, un chiffon légèrement humide, jamais de détergent. Le veau pleine fleur absorbe l'eau et sèche sans marquer, à condition de ne pas le forcer près d'un radiateur.

La patine se développe naturellement. Ne la combattez pas. Les angles qui foncent, les poignées qui luisent, c'est le cuir qui travaille. Si vous tenez à nourrir le matériau, une crème neutre sans silicone une fois par an. Pas plus. Le sur-entretien étouffe le cuir autant que la négligence.

Les coutures sont le point faible. Inspectez-les tous les six mois. Si un fil commence à se détendre, faites réparer immédiatement. Un bon maroquinier refait une couture en dix minutes. Laissez traîner et vous devrez refaire tout un panneau. Brunello Cucinelli propose un service de réparation en atelier, mais n'importe quel artisan compétent fera l'affaire. Un sac bien entretenu dure quinze ans. Mal traité, il tient quand même dix.

## L'essentiel selon Brunello Cucinelli