Livraison internationale offerte dès €300.
Bonjour Soir

Maison Margiela fait des sacs depuis les années quatre-vingt-dix, mais la maison n'a jamais cherché à faire un sac

Aaliyah Diallo··7 min

Maison Margiela fait des sacs depuis les années quatre-vingt-dix, mais la maison n'a jamais cherché à faire un sac. Pas de monogramme, pas de signature évidente, pas de campagne qui vous dit que vous en avez besoin. Ce qui reste, c'est une approche du cuir et de la forme qui n'appartient qu'à elle — déconstruction sans être conceptuelle, anonymat sans être austère. Les pièces durent parce qu'elles refusent de parler trop fort.

Un bon sac Margiela fait deux choses. Il porte bien — le poids tombe là où il faut, les sangles ne creusent pas, la fermeture fonctionne sans qu'on y pense. Et il refuse la tendance. Pas par opposition, juste par indifférence. Les formes viennent de l'archive ou du vestiaire masculin ou d'une idée de poche retournée. Le résultat ne ressemble jamais à ce qu'on attend d'un sac de luxe, et c'est précisément pour ça qu'il fonctionne.

Ce qui suit : cinq pièces qui montrent comment la maison pense la maroquinerie. Pas les plus récentes, pas les plus discrètes. Les plus justes.

Glam Slam

Matelassé. Le mot vient du matelas, et Maison Margiela l'applique au cuir comme si c'était la chose la plus logique du monde. Le Glam Slam arrive en 2018 — un sac entièrement capitonné, sans coutures apparentes, sans logo visible. La construction rappelle une doudoune, mais en nappa. Ça ne devrait pas marcher. Ça marche.

Le volume varie selon le modèle — du petit sac bandoulière au cabas qui porte un ordinateur et une paire de chaussures de rechange. Ce qui reste constant, c'est le poids. Ou plutôt, l'absence de poids. Le matelassage crée de la structure sans rigidité, de la présence sans masse. On le porte en bandoulière ou sous le bras, et il se plie sans perdre sa forme.

La palette reste sobre — noir, blanc, beige, parfois un rouge ou un bleu qui ne crie pas. Le cuir vieillit bien si on ne le traite pas comme une relique. Les coins s'usent, le matelassage se détend légèrement, et le sac devient plus soi. C'est un objet qui accepte d'être utilisé.

Compter entre 1 200 € pour le plus petit format et 2 400 € pour le grand cabas. Le prix reflète le travail — chaque panneau matelassé est assemblé à la main, sans couture extérieure. C'est de la maroquinerie qui ressemble à du prêt-à-porter, et c'est voulu.

Snatched

Froncé. Le Snatched prend une forme de sac classique — une pochette, un petit sac à main — et la serre au milieu comme on froncerait un tissu. Le résultat est asymétrique sans être décoratif. La silhouette change selon ce qu'on met dedans, et c'est le point. Maison Margiela a toujours aimé les vêtements qui réagissent au corps qui les porte. Ici, c'est un sac qui réagit à ce qu'on y met.

Le froncé est maintenu par une bande de cuir ou un anneau métallique — jamais ostentatoire, toujours fonctionnel. On peut le porter en bandoulière ou comme une pochette. Le cuir est souple, souvent un veau lisse ou un agneau légèrement grainé. Pas de doublure rigide, pas de structure interne. Juste le cuir et la forme qu'il prend.

Les tailles vont du format soirée au format journée. Le petit Snatched tient un téléphone, des clés, un rouge à lèvres. Le moyen accepte un portefeuille et des lunettes de soleil. Aucun ne prétend être un sac de tous les jours, et c'est honnête. C'est une pièce pour les moments où on veut porter peu, et bien.

Prix entre 800 € et 1 600 €, selon la taille et le cuir. Le Snatched en cuir métallisé existe, mais le noir ou le blanc cassé vieillissent mieux. Le froncé se détend avec le temps — c'est normal, c'est prévu.

5AC

Anonyme. Le nom vient de l'adresse de l'ancien atelier parisien de la maison, 5 avenue du Coq. Le sac lui-même ne dit rien. Pas de logo, pas de détail signature, pas de fermeture qui attire l'œil. C'est un sac à main structuré avec une anse supérieure et une bandoulière amovible. On en a vu mille. On n'en a jamais vu un comme ça.

La différence est dans les proportions. Le 5AC est légèrement plus large qu'on ne l'attend, légèrement plus plat. L'anse tombe différemment. La bandoulière s'attache avec des anneaux qui semblent venir d'une sangle de sécurité. Rien n'est décoratif, tout est pensé.

Le cuir varie — box rigide pour la version la plus structurée, veau souple pour celle qui s'affaisse légèrement. L'intérieur est propre, sans poches inutiles. Une grande poche zippée, parfois une poche plate. Le reste, c'est de l'espace.

Il existe en trois tailles. Le micro porte l'essentiel, le moyen porte une journée, le grand porte un week-end léger. Les trois fonctionnent parce qu'ils ne cherchent pas à être autre chose que ce qu'ils sont — un sac bien fait, bien proportionné, qui refuse de se vendre.

Entre 1 400 € et 2 200 €. Le 5AC en cuir grainé noir est celui qui traverse le mieux les saisons. Pas parce qu'il est classique. Parce qu'il est précis.

Tote en toile enduite

Utilitaire. Maison Margiela fait des tote bags en toile enduite depuis des années, et ils ressemblent exactement à ce qu'ils sont — des sacs pour porter des choses. Pas de fioritures, pas de détails qui justifient le prix. Juste de la toile épaisse, des anses en cuir, et une construction qui tient.

La toile est enduite pour résister à l'eau et à l'usure. Les anses sont assez longues pour passer sur l'épaule, assez courtes pour porter à la main. L'intérieur n'a pas de poches — c'est un grand espace ouvert. On y met un ordinateur, des courses, un pull de rechange. Le sac ne se plaint pas.

Certains modèles portent le logo en impression ton sur ton. D'autres n'ont rien. Les deux fonctionnent. Le tote existe en noir, en beige, parfois en marine. La toile se salit, on la nettoie, elle continue. Le cuir des anses se patine. C'est un sac qui accepte d'avoir une vie.

Prix autour de 600 €. C'est cher pour un tote, et c'est juste pour ce que c'est — un objet bien pensé qui ne prétend pas être plus qu'un outil. On l'utilise jusqu'à ce qu'il ne serve plus, et ça prend du temps.

Sac Médecin

Référencé. Le sac médecin existe depuis que les médecins portent des sacs. Maison Margiela en fait une version qui respecte la forme originale — une base large, une ouverture à fermoir métallique, deux anses courtes — et qui la nettoie de tout ce qui n'est pas essentiel.

Le cuir est souple, souvent un veau naturel qui se patine vite. Le fermoir est en métal brossé, jamais poli. L'intérieur a une ou deux poches, pas plus. La base est assez large pour que le sac tienne debout, assez souple pour qu'il s'affaisse quand il est vide. C'est une pièce qui vient du vestiaire professionnel et qui fonctionne en dehors.

On le porte à la main ou au creux du coude. Pas de bandoulière, pas d'option. C'est un sac pour les trajets courts, pour les journées où on veut porter quelque chose qui a du poids sans avoir de poids. Le cuir vieillit de manière visible — les coins se marquent, les anses se creusent là où on les tient. Ça fait partie de l'objet.

Disponible en noir, en marron, parfois en bordeaux. Prix entre 1 800 € et 2 400 €, selon la taille. Le grand format porte des dossiers, le moyen porte une tablette et un livre. Les deux demandent qu'on les utilise. Un sac médecin qui reste dans un placard n'a aucun sens.

Entretien

Le cuir Maison Margiela n'est pas traité pour rester neuf. Il est traité pour vieillir. Ça veut dire qu'il faut accepter les marques — les coins qui s'usent, les anses qui foncent, les plis qui se forment là où on plie le sac. Si ça pose problème, il faut acheter autre chose.

Pour le nettoyage : un chiffon doux et sec pour enlever la poussière, un chiffon légèrement humide pour les taches superficielles. Pas de produit à moins que le cuir soit vraiment sale, et dans ce cas, un nettoyant neutre pour cuir. Laisser sécher à l'air libre, jamais près d'une source de chaleur.

Le rangement compte. Un sac vide s'affaisse, et certaines formes ne reviennent pas. Remplir avec du papier de soie ou un vieux pull, ranger dans la pochette en coton fournie si elle existe, sinon dans un endroit aéré. Pas de plastique — le cuir a besoin de respirer.

Les réparations se font. Maison Margiela propose un service après-vente pour les coutures, les fermetures, les anses qui lâchent. Ça coûte moins cher que de racheter, et un sac réparé porte mieux qu'un sac neuf. C'est une question de regard. Si on veut un objet qui reste parfait, on se trompe de maison. Si on veut un objet qui dure, on est au bon endroit.

Lire et acheter · Maison Margiela