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Saint Laurent fait partie de ces maisons qu'on apprend à lire avant de savoir les porter

Aaliyah Diallo··7 min

Saint Laurent fait partie de ces maisons qu'on apprend à lire avant de savoir les porter. Les photos de Loulou de la Falaise en smoking. Kate Moss à Paris en 2001, sac Mombasa en bandoulière. Toute une grammaire visuelle qui précède l'achat. Ce qui rend le premier pas plus compliqué qu'il ne devrait l'être — on veut entrer dans cette conversation sans avoir l'air d'arriver en retard.

La bonne nouvelle : Saint Laurent construit ses collections autour de quelques lignes directrices qui ne bougent pas beaucoup. Le smoking reste coupé près du corps. Le cuir reste souple, jamais rigide. Les sacs portent des noms qu'on retient. Ce qui change, c'est l'intensité — certaines saisons poussent le volume, d'autres resserrent la silhouette — mais les codes tiennent. Ça veut dire qu'une pièce achetée maintenant ne sera pas datée dans trois ans. Elle aura juste été portée.

Ce qui suit n'est pas une liste de tout ce que la maison produit. C'est une sélection de points d'entrée qui fonctionnent à différents budgets, qui vieillissent bien, et qui ne demandent pas qu'on refasse toute sa garde-robe autour. Commencer par une pièce qui tient la route, c'est déjà la moitié du travail.

Le sac Toy Loulou

Si vous n'avez jamais acheté Saint Laurent et que vous voulez comprendre ce que la maison fait bien, commencez ici. Le Toy Loulou — la plus petite version de la ligne Loulou — coûte moins qu'un sac classique de la maison mais ne lit pas comme un compromis. Le matelassage en chevrons reste le même. La chaîne dorée reste la même. Ce qui change, c'est l'échelle. C'est un sac pour un téléphone, des clés, une carte bancaire. Rien de plus.

Ça sonne limitant jusqu'à ce qu'on réalise qu'on sort rarement avec plus que ça de toute façon. Le Toy fonctionne en bandoulière courte pour le soir, en bandoulière longue pour la journée. Il se porte avec un tailleur, avec un jean, avec une robe qui n'a pas besoin qu'on lui ajoute du volume. La version en cuir noir mat reste la plus polyvalente, mais les couleurs saisonnières — un bordeaux profond, un vert forêt — vieillissent aussi bien si on les choisit dans des tons qui ne crient pas.

Le prix tourne autour de 950 €. C'est un investissement, mais c'est aussi l'un des rares sacs qu'on peut porter trois fois par semaine sans que personne ne remarque qu'on le porte trois fois par semaine.

La ceinture en cuir à boucle YSL

Les ceintures de la maison font partie de ces objets qu'on voit portés avant de les voir vendus. Elles apparaissent sur des silhouettes qui savent déjà quoi en faire — cintrées sur un blazer oversize, posées bas sur une robe chemise, doublées sur un pantalon taille haute. Ce n'est pas un accessoire discret. La boucle en métal doré ou argenté avec les initiales YSL entrelacées mesure environ six centimètres de large. Elle se voit.

Ce qui la rend intéressante, c'est qu'elle change la lecture d'une tenue sans en changer la structure. Un jean droit et un pull deviennent autre chose quand on ajoute cette ceinture à la taille. Un trench qu'on portait ouvert depuis des années se ferme différemment. La version en cuir noir mat reste la plus portée, mais le cuir marron foncé ou le daim vieillit mieux si on accepte qu'il prenne des marques.

Comptez environ 495 € pour la version classique en cuir. C'est l'une des pièces les plus accessibles de la maison, et l'une de celles qui rapportent le plus en termes de polyvalence. Une ceinture bien coupée change plus de tenues qu'un sac.

Le blouson Teddy en laine

Le blouson Teddy — cette veste de baseball en laine avec des manches en cuir contrastées — existe chez Saint Laurent depuis les années 1960. Il a été porté par à peu près tout le monde qui comptait dans le rock français entre 1966 et 1975, puis il est revenu sous Hedi Slimane en 2013, et il n'est jamais vraiment reparti. Ce n'est pas une pièce discrète. C'est une déclaration d'intention.

La coupe est ajustée mais pas serrée. Les manches en cuir d'agneau tombent juste au-dessus du poignet. La laine du corps — généralement un noir profond ou un bleu nuit — a assez de poids pour tenir sa forme sans être rigide. Les poches zippées sont fonctionnelles. La doublure en satin porte le monogramme de la maison. C'est une pièce qui demande qu'on construise autour d'elle, mais qui ne demande pas grand-chose — un jean noir, un tee-shirt blanc, des boots en cuir suffisent.

Le Teddy coûte entre 3 200 et 3 800 € selon les finitions. C'est un investissement sérieux. Mais c'est aussi l'une des rares pièces qu'on peut porter pendant dix ans sans qu'elle lise comme vintage. Elle vieillit, mais elle ne date pas. Si vous avez le budget et que vous cherchez une veste qui fasse tout le travail, c'est celle-ci.

Le jean slim taille haute

Saint Laurent ne réinvente pas le jean. La maison le coupe bien, le teint en noir profond ou en indigo délavé, et le vend à un prix qui reflète le fait qu'il va tenir plus longtemps qu'un jean à 80 €. Le modèle slim taille haute reste le plus porté — il monte juste au-dessus du nombril, suit la jambe sans la comprimer, et se termine avec une ouverture étroite qui fonctionne avec des boots ou des sandales.

Le denim pèse environ douze onces. C'est assez lourd pour avoir de la structure, assez souple pour ne pas demander trois semaines de rodage. La version noire ne déteint pas après deux lavages. La version indigo prend des marques de pli au niveau des genoux et des cuisses, mais c'est ce qu'on veut — un jean qui montre qu'on l'a porté.

Comptez environ 650 € pour le modèle classique. C'est cher pour un jean, mais c'est aussi l'une des bases les plus portées de la maison. Si vous cherchez un pantalon noir qui fonctionne avec tout — un blazer, un pull oversize, une chemise blanche — c'est celui-ci.

Les bottines Wyatt

Les Wyatt — ces bottines Chelsea en cuir avec un talon cubain de quatre centimètres — sont devenues l'une des signatures de Saint Laurent sous la direction d'Hedi Slimane. Elles ont été portées par tous les musiciens qui comptaient entre 2013 et 2018, puis par tous ceux qui voulaient ressembler à ces musiciens. Ce qui aurait pu les tuer. Ce qui ne les a pas tuées.

La raison : elles sont bien coupées. La tige monte juste au-dessus de la cheville. L'élastique latéral est assez serré pour que la bottine tienne sans bâiller. Le bout effilé allonge la jambe sans lire comme exagéré. Le talon cubain donne de la hauteur sans demander qu'on change sa démarche. Elles fonctionnent avec un jean slim, avec un pantalon de costume, avec une robe midi. Elles ne fonctionnent pas avec un short.

Les Wyatt coûtent environ 995 € en cuir lisse, un peu plus en daim. C'est un investissement, mais c'est aussi l'une des rares bottines qu'on peut porter quatre saisons sur quatre si on vit dans un climat tempéré. Elles vieillissent bien — le cuir se patine, le talon s'use et se remplace. Si vous ne deviez acheter qu'une paire de bottines noires, ce serait celles-ci.

Le sac Sac de Jour en cuir grainé

Le Sac de Jour est le sac structuré de Saint Laurent. Il existe en plusieurs tailles — du nano au large — mais la version moyenne reste la plus portée. C'est un fourre-tout qui se tient droit, avec des poignées courtes et une bandoulière amovible. Le cuir grainé noir reste le plus demandé, mais les versions en cuir lisse ou en daim vieillissent aussi bien si on accepte qu'elles prennent des marques.

Ce qui rend le Sac de Jour intéressant, c'est qu'il lit comme professionnel sans lire comme corporatif. On peut le porter à un entretien, à un dîner, dans le métro à sept heures du matin. Il contient un ordinateur portable, des documents, une trousse de maquillage, et il ne s'affaisse pas. Les coutures sont renforcées. Les angles sont nets. La fermeture éclair supérieure fonctionne sans accrocher.

Le prix tourne autour de 2 650 € pour la version moyenne en cuir grainé. C'est un investissement sérieux, mais c'est aussi l'un des rares sacs qu'on peut porter tous les jours pendant cinq ans sans qu'il perde sa forme. Si vous cherchez un sac de travail qui ne lit pas comme un sac de travail, c'est celui-ci.

Entretien et longévité

Saint Laurent construit ses pièces pour durer, mais ça ne veut pas dire qu'elles se portent sans entretien. Le cuir demande qu'on le nettoie deux fois par an avec un produit adapté — pas de lingettes, pas de savon de Marseille. Les sacs structurés doivent être rangés debout, remplis de papier de soie pour garder leur forme. Les bottines en cuir lisse se cirent. Les bottines en daim se brossent à sec.

Les pièces en laine — le Teddy, les manteaux — se nettoient à sec une fois par saison, pas plus. Le denim se lave à froid, à l'envers, et sèche à plat. Les ceintures en cuir se portent en alternance — deux jours sur, un jour off — pour que le cuir respire.

La maison offre un service de réparation pour la plupart de ses pièces. Les talons se remplacent. Les fermetures éclair se changent. Les doublures se recousent. Une pièce bien entretenue tient dix ans. Une pièce négligée tient deux.