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Bonjour Soir

Tom Ford fait des chaussures depuis 2006

Aaliyah Diallo··5 min

Tom Ford fait des chaussures depuis 2006. Dix-huit ans, c'est assez de temps pour savoir si quelque chose tient. Les premières paires — des richelieus vernis, des mocassins en daim — étaient fabriquées en Italie avec une confiance qui frisait l'arrogance. Elles coûtaient cher. Elles le coûtent toujours. La question n'a jamais été de savoir si elles étaient belles. La question, c'est de savoir si elles durent.

Une chaussure qui tient, ce n'est pas une chaussure qui survit dans une boîte. C'est une chaussure qui supporte la marche répétée sur du béton mouillé, les escaliers du métro, les trottoirs inégaux entre la 5e et la 8e Avenue. C'est une semelle qui ne se décolle pas après six mois. C'est un cuir qui développe une patine au lieu de craquer. C'est une construction qui permet un ressemelage sans que la chaussure perde sa forme. Tom Ford utilise des constructions Goodyear et Blake — deux méthodes qui autorisent la réparation. Mais le choix de la méthode ne garantit rien. C'est l'exécution qui compte.

J'ai porté trois modèles sur plusieurs années. Pas en rotation soigneuse avec des embauchoirs en cèdre et des pauses de quarante-huit heures. En usage réel. Voici ce qui reste.

Le Whitney en cuir grain

Le Whitney est un derby à lacets, bout arrondi, semelle en cuir. Tom Ford le propose en veau lisse et en grain. Le grain tient mieux. J'ai acheté une paire en noir grain en 2019. Je les ai portées deux à trois fois par semaine pendant deux ans, puis de façon plus espacée. Cinq ans plus tard, elles sont toujours portables.

Le cuir grain masque les éraflures. C'est sa fonction. Après cent ports, la surface montre des plis aux empeigne, mais pas de craquelures. Le talon arrière — l'endroit où la plupart des chaussures s'effondrent — garde sa structure. La doublure en cuir n'a pas cédé. La semelle d'usure a été changée une fois, en 2022, par un cordonnier à Cobble Hill qui a dit que la construction était propre. Pas de raccourcis visibles. Les coutures internes étaient intactes.

Le confort arrive après une dizaine de ports. Les premières semaines sont rigides. Le cuir grain ne s'assouplit pas vite. Mais une fois qu'il cède, la chaussure se moule. Le cambrion — la pièce métallique sous la voûte plantaire — reste ferme sans être punitif. On peut marcher vingt blocs sans penser à ses pieds.

Le Whitney coûte $1 290. C'est cher pour un derby. Mais si on compte cinq ans d'usage, un ressemelage à $120, et une paire qui reste présentable, le calcul change. Ce n'est pas une affaire. C'est une dépense qui se justifie.

Le Edgar en daim

Le Edgar est un loafer. Pas un mocassin à penny — un loafer sans ornement, avec une apron-toe cousue main et une semelle en cuir. Tom Ford le fait en veau et en daim. Le daim est plus difficile. Le daim montre tout.

J'ai une paire en daim gris achetée en 2020. Je les ai portées de mars à octobre, jamais sous la pluie. Quatre saisons complètes. Le daim a survécu mieux que prévu. Les taches d'eau — inévitables à New York — ne sont pas parties, mais elles ne se sont pas étendues. Le nap (le grain du daim) s'est aplati aux points de flexion, mais il n'a pas pelé. Une brosse en crêpe tous les quinze jours a suffi à maintenir l'apparence.

La construction est Blake, ce qui rend la chaussure plus souple qu'un Goodyear. Elle se plie avec le pied. Mais la méthode Blake résiste moins bien à l'humidité — l'eau peut pénétrer par la couture centrale. J'ai appris ça après avoir porté les Edgar sous une averse en juin 2021. La semelle intérieure a gondolé. Elle s'est aplatie en séchant, mais la leçon reste: le Blake demande de la prudence.

Le confort est immédiat. Pas de période de rodage. On peut les porter dès la sortie de la boîte. Le talon ne frotte pas. La largeur est généreuse sans être lâche. Après quatre ans, la semelle d'usure montre de l'usure, mais elle n'est pas trouée. Un ressemelage est prévu pour cet été.

Le Edgar coûte $1 190 en daim. C'est moins défendable que le Whitney. Le daim limite les occasions. La construction Blake limite la longévité. Mais si on veut un loafer qui a du poids — littéralement, la chaussure pèse plus que la plupart des loafers italiens — et qui ne ressemble pas à tout ce qui se fait ailleurs, c'est une option.

Le Crawford boot en veau

Le Crawford est une chelsea. Élastiques latéraux, bout légèrement carré, semelle en cuir avec un talon empilé. Tom Ford la fait en veau lisse et en suède. Le veau est plus polyvalent.

J'ai acheté une paire en brun foncé en 2018. Six ans. C'est la paire qui a le plus travaillé. Portée en automne, en hiver, au début du printemps. Portée sous la pluie, dans la neige fondue, sur des trottoirs salés. Ressemblée deux fois. La tige tient toujours.

Le cuir a développé une patine inégale — plus claire aux plis de flexion, plus foncée aux flancs. Ce n'est pas un défaut. C'est ce qui arrive quand on porte une chaussure. Les élastiques latéraux ont perdu un peu de tension, mais ils fonctionnent encore. La doublure en cuir s'est amincie au talon, mais elle n'est pas percée. La semelle intérieure d'origine a été remplacée en 2021 — elle s'était comprimée au point de ne plus offrir de soutien.

La construction est Goodyear. C'est visible à la couture qui court le long de la semelle. Le premier ressemelage a eu lieu en 2021, le second en 2024. Les deux fois, le cordonnier a dit que la trépointe (la bande de cuir qui relie la tige à la semelle) était en bon état. Ça compte. Une trépointe abîmée rend le ressemelage impossible.

Le confort est moyen. Les chelsea ne sont jamais aussi confortables que des lacets — il n'y a pas de réglage possible. Le Crawford serre un peu au cou-de-pied les premières heures. Après, ça passe. Le talon empilé ajoute trois centimètres. On le sent en fin de journée.

Le Crawford coûte $1 490. C'est le plus cher des trois. Mais c'est aussi celui qui a le plus duré. Six ans, deux ressemelages, et la chaussure reste structurellement solide. Si on divise le prix par le nombre d'années, ça fait $248 par an. Ce n'est pas donné. Mais ce n'est pas absurde non plus.

Faire durer

Les chaussures Tom Ford ne demandent pas de soins exotiques. Un cirage tous les mois pour le cuir lisse. Une brosse en crêpe pour le daim. Des embauchoirs en bois — pas en plastique — pour maintenir la forme entre les ports. Et surtout: ne pas porter la même paire deux jours de suite. Le cuir a besoin de temps pour sécher. La transpiration s'accumule. Si on ne laisse pas la chaussure respirer, elle pourrit de l'intérieur.

Le ressemelage coûte entre $100 et $150 selon la ville et le cordonnier. Trouver quelqu'un qui connaît les constructions cousues main. Pas tous les cordonniers savent manipuler une trépointe Goodyear. Demander des références. Regarder le travail avant de laisser la paire.

Une chaussure qui tient, c'est une chaussure qu'on répare. Tom Ford construit ses modèles pour permettre ça. Le reste dépend de nous.

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