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Bonjour Soir

## La valise intelligente

Aaliyah Diallo··4 min

La valise intelligente

Le problème n'est pas de savoir quoi emporter. Le problème, c'est que vous emportez trop — et que la moitié arrive froissée, l'autre moitié inadaptée. Un voyage d'affaires à Milan en mars n'exige pas la même garde-robe qu'un long week-end à Marrakech en octobre. Mais certaines pièces traversent les deux. Elles se plient sans protestation. Elles s'adaptent aux changements de température, de code vestimentaire, de plan de dernière minute.

Saint Laurent comprend ce genre de polyvalence depuis longtemps. Pas la polyvalence molle des vêtements "de voyage" — ces tissus techniques qui crient leur fonction — mais celle qui vient d'une construction réfléchie et de matières qui ont du poids sans rigidité. Voici cinq pièces qui survivent au voyage parce qu'elles ont été conçues pour durer, point.

Le blazer en laine légère

Cherchez une armure de 240 grammes, pas plus. Le jersey de laine fonctionne aussi, à condition qu'il garde sa structure aux épaules. Le blazer Saint Laurent à boutonnage simple — celui avec la ligne d'épaule nette mais pas agressive — se porte sur un t-shirt blanc en juin, sur un col roulé fin en février. Il se pose sur le dossier d'une chaise pendant le dîner sans ressembler à un sac froissé deux heures plus tard.

La clé, c'est la doublure. Une doublure complète en cupro glisse contre la chemise, évacue la chaleur, ne retient pas l'humidité. Une demi-doublure économise du poids mais accroche sur les manches. Pour un voyage, prenez la version complète. Pliez-le à l'envers, roulez-le serré, placez-le en dernier dans la valise. Il en sort prêt.

Noir, évidemment. Ou bleu marine si vous voyagez vers des climats où le noir semble trop formel avant 19 heures. Évitez le gris — il montre la poussière d'avion d'une manière que les autres couleurs ne montrent pas.

Le pantalon droit en gabardine

Pas un pantalon de costume. Pas un chino décontracté. Un pantalon taillé avec une jambe droite qui tombe proprement sur des baskets blanches et qui fonctionne tout aussi bien avec des derbies en cuir. Saint Laurent fait ce pantalon en gabardine de laine — un tissu sergé serré qui résiste aux plis de façon presque agressive.

La taille doit être haute, pas dramatiquement, mais assez pour qu'une chemise rentrée ne crée pas de volume. La longueur doit effleurer le dessus de la chaussure, pas plus. Trop long, et vous passez le voyage à éviter les flaques et les escalators. Trop court, et vous avez l'air d'avoir emprunté le pantalon de quelqu'un d'autre.

Deux couleurs suffisent pour la plupart des voyages: noir et un neutre chaud — camel, brun tabac, gris pierre. Le noir va partout mais peut sembler sévère en plein jour dans certaines villes. Le neutre adoucit sans sacrifier la netteté.

La chemise en soie lavée

La soie lavée n'est pas de la soie habillée. Elle a subi un traitement qui retire le brillant, ajoute de la texture, permet le mouvement. Une chemise Saint Laurent en soie lavée — col ouvert, coupe ample aux épaules, tombé fluide — se porte seule à Lisbonne en mai, sous le blazer à Londres en novembre.

Elle se plie en carré, se range entre deux couches de vêtements plus structurés, en ressort à peine marquée. Si elle froisse quand même, suspendez-la dans la salle de bain pendant la douche. La vapeur fait le reste.

Blanc cassé ou noir. Le blanc cassé vieillit mieux — il ne jaunit pas comme le blanc pur, ne montre pas chaque grain de poussière comme le noir. Manches longues, toujours. Vous pouvez les remonter si nécessaire. Vous ne pouvez pas les rallonger.

Les bottines Chelsea en cuir

Une paire de chaussures pour tout le voyage. C'est possible si vous choisissez bien. Les Chelsea Saint Laurent — élastique discret, bout légèrement arrondi, talon de trois centimètres — marchent sur les pavés romains, traversent les halls d'hôtel, entrent dans les restaurants qui ont des codes vestimentaires mais pas de dress code écrit.

Le cuir doit être lisse, pas daim. Le daim absorbe l'eau, montre les éraflures, demande trop d'entretien en déplacement. Un cuir de veau souple avec une finition semi-mate se patine bien, se nettoie avec un chiffon humide.

Noir, encore. Ou un brun si riche qu'il lit presque noir dans la plupart des lumières. Portez-les dans l'avion. Elles prennent trop de place dans la valise et les comprimer déforme le contrefort.

Le sac en cuir grainé

Pas un sac de voyage officiel. Un grand cabas en cuir grainé qui contient un ordinateur, un livre, une trousse de toilette de secours, et qui ne ressemble pas à un accessoire de bureau. Saint Laurent fait plusieurs versions — cherchez celle avec des poignées assez longues pour passer sur l'épaule, assez courtes pour se porter à la main sans traîner.

Le cuir grainé cache les rayures que le cuir lisse révèle. Il vieillit sans avoir l'air abîmé. Pas de logos apparents — juste la forme et la qualité de construction qui signalent ce que c'est.

Ce qu'il faut laisser

Les pièces qui n'existent que pour une seule occasion. Le costume trois-pièces que vous porterez peut-être une fois. Les chaussures vernies qui ne marchent nulle part. Les chemises qui exigent le pressing avant d'être portables. Les matières qui froissent par principe — lin non traité, coton fin, soie sauvage.

Voyager léger n'est pas un exercice de privation. C'est un exercice de précision. Cinq pièces bien choisies créent plus de possibilités que quinze pièces approximatives. Saint Laurent l'a toujours compris. Le smoking qu'il a créé pour les femmes en 1966 fonctionnait au casino, au vernissage, au dîner tardif. Même logique, différente décennie.

Emportez moins. Portez mieux. Rentrez sans regrets.