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## Le voyage selon McQueen

Aaliyah Diallo··4 min

Le voyage selon McQueen

Le problème du voyage, c'est qu'on prépare sa valise pour une version idéalisée de soi-même. On plie des robes qui demandent un fer à repasser et un miroir en pied. On emballe des chaussures qui supposent un sol plat. On imagine qu'on sera quelqu'un d'autre à l'atterrissage.

Alexander McQueen comprend autrement. La maison a toujours su que le vêtement doit tenir sa forme quand le reste s'effondre — un avion retardé, une connexion manquée, une valise qui arrive trois jours après vous. Ce qui suit n'est pas une garde-robe capsule. C'est un système de survie.

Le blazer à épaules carrées

Pas celui avec les revers exagérés. Pas celui qui demande un cintre en bois et une housse à vêtements. Le blazer McQueen qui voyage est celui en laine grain de poudre, taillé près du corps mais avec de la place dans les épaules, doublé en cupro. Il sort de la valise avec un ou deux plis au niveau des coudes, rien qu'on ne règle pas en le suspendant une nuit dans une salle de bain embuée.

La structure compte. Les épaules portent la pièce même quand le reste se détend. On peut le porter sur un col roulé pour un dîner à Milan, sur un t-shirt blanc pour un déjeuner à Athènes, ouvert sur une robe légère quand la climatisation dans le restaurant est réglée pour l'Arctique. Il fait 400 grammes. Il occupe moins de place qu'une paire de baskets.

Ce qui ne voyage pas : le velours, les mélanges lin-soie, tout ce qui se froisse en le regardant.

Le pantalon cigarette en crêpe

La coupe cigarette McQueen — celle qui tombe droit de la hanche, qui se termine juste au-dessus de la cheville — existe en plusieurs tissres. Pour la valise, on oublie le satin duchesse et le taffetas. On cherche le crêpe de laine, celui qui a du poids mais qui respire, qui garde son pli mais qui pardonne.

C'est un pantalon qu'on porte trois jours de suite sans que personne ne remarque. Noir avec des sandales plates le premier jour. Noir avec des mules à talon le deuxième. Noir avec des baskets blanches le troisième, si on doit marcher plus de dix blocs. La taille est montée mais pas exagérée. Il y a une poche discrète à l'arrière, assez grande pour un passeport plié en deux.

Le crêpe absorbe moins les odeurs que le coton. Il sèche vite si on le lave à la main dans un lavabo d'hôtel. Il ne montre pas la poussière. Ce sont des détails pratiques, mais le pratique est ce qui reste quand l'inspiration s'évapore à 30 000 pieds.

Le pull en maille fine à col montant

McQueen fait un pull en laine mérinos extra-fine — 18 microns, poids plume — qui se plie à la taille d'un livre de poche. Col montant, manches longues, coupe ajustée sans être moulante. Il existe en noir, en marine, en ivoire. On prend le noir.

C'est la pièce qu'on porte dans l'avion parce qu'elle ne se froisse pas et qu'elle régule la température quand la cabine passe de sauna à congélateur. C'est aussi la pièce qu'on glisse sous le blazer pour un dîner, qu'on porte seule avec le pantalon cigarette pour un déjeuner, qu'on enfile le matin quand le café n'a pas encore fait effet.

La maille fine voyage mieux que la maille épaisse. Elle prend moins de place, elle sèche plus vite, elle se superpose sans ajouter du volume. Et si elle se détend légèrement au fil des jours, elle reprend sa forme après un lavage à plat.

La robe portefeuille en jersey

Celle-ci divise. Certaines personnes ne jurent que par elle. D'autres la trouvent trop évidente. Mais pour un voyage de cinq jours avec une valise cabine, la robe portefeuille McQueen en jersey de viscose fait son travail.

Elle ne demande rien. Pas de fermeture éclair, pas de boutons, pas de sous-vêtements compliqués. On l'enfile, on noue la ceinture, on ajoute une paire de sandales ou de boots selon l'heure. Le jersey a assez de structure pour tenir sa forme mais assez de souplesse pour ne pas marquer. La longueur tombe juste sous le genou, ce qui fonctionne pour un déjeuner en terrasse comme pour un vernissage.

La coupe portefeuille permet d'ajuster selon ce qu'on a mangé la veille. Le col en V s'ouvre suffisamment pour porter un collier si on en a envie, mais la robe se suffit à elle-même. Noir, toujours. Le noir pardonne les éclaboussures de café et les taches de vin rouge qu'on remarque seulement au retour.

Les bottines Chelsea à semelle plate

La chaussure de voyage est un compromis. On veut du confort pour marcher, mais on veut aussi pouvoir entrer dans un restaurant sans avoir l'air d'arriver d'une randonnée. Les Chelsea McQueen — cuir de veau souple, semelle en caoutchouc, élastique discret sur les côtés — tiennent les deux promesses.

Elles prennent moins de place qu'une paire de sneakers. Elles sèchent vite si on se fait surprendre par la pluie. Le cuir se patine bien, donc les éraflures ajoutent du caractère au lieu de ruiner la chaussure. On peut marcher cinq kilomètres sans penser à ses pieds, ce qui est le seul critère qui compte vraiment.

Elles fonctionnent avec le pantalon cigarette, avec la robe, avec un jean si on en glisse un dans la valise au dernier moment. Noires, évidemment. Tout est noir. Le noir voyage.

Ce qu'on laisse à la maison

Les imprimés qui demandent une histoire. Les robes longues qui traînent par terre. Les talons hauts qui supposent un sol en marbre et une voiture avec chauffeur. Les matières qui se froissent en les regardant — le lin, la soie sauvage, le velours. Les bijoux qui ont besoin d'un coffre-fort. Les sacs qui ne tiennent pas un ordinateur portable.

Et surtout : l'idée qu'on sera quelqu'un d'autre en voyage. On sera la même personne, juste plus fatiguée, avec moins de temps et plus de décisions à prendre. Le vêtement doit faire le travail. C'est pour ça qu'on paie.

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