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Bonjour Soir

Porter du Margiela au bureau sans ressembler à quelqu'un qui essaie de porter du Margiela au bureau, c'est un équilibre

Aaliyah Diallo··5 min

Porter du Margiela au bureau sans ressembler à quelqu'un qui essaie de porter du Margiela au bureau, c'est un équilibre. La maison construit des vêtements qui parlent — parfois à voix haute. Le Tabi boot crie. Le sac à main retourné murmure, mais tout le monde entend. Le problème n'est pas la pièce. Le problème, c'est le contexte. Un open space sous néons à 9h30 un mardi n'est pas une galerie à Marais. Il faut choisir ce qui traduit sans annoncer.

La friction, c'est celle-ci : vous voulez porter des vêtements qui pensent, mais vous ne voulez pas que vos collègues pensent que vous portez des vêtements qui pensent. Vous voulez la construction de Margiela, le regard décalé, la coupe qui ne ressemble à rien d'autre dans la salle de réunion. Mais vous ne voulez pas expliquer pourquoi votre chemise a quatre manches ou pourquoi vos chaussures ressemblent à des sabots de chèvre fendue. Il existe un chemin entre ces deux points. Il commence par savoir ce qui se lit comme silhouette et ce qui se lit comme déclaration.

Le pantalon taille haute à pince

Le pantalon Margiela — celui avec la taille qui monte à la vraie taille, pas là où votre jean s'arrête — fait le travail sans le dire. La maison coupe large à la cuisse, étroit à la cheville, avec une pince qui structure sans aplatir. C'est un pantalon qui sait qu'il est un pantalon. Il ne cherche pas à être autre chose. En gabardine de laine, en coton sergé, même en lin s'il fait chaud et que vous acceptez le froissement.

Ce qui le rend portable : il ne porte pas de logo, pas de détail conceptuel visible. La construction est interne. La pince tombe droit, la jambe garde son volume, le tissu a du poids. Vous le portez avec une chemise blanche standard et vous semblez plus précis que la personne à côté de vous en costume. Vous le portez avec un pull fin et vous avez l'air de quelqu'un qui sait comment s'habiller sans consulter un mood board. La couleur importe : marine, gris pierre, noir. Pas de beige avant d'avoir maîtrisé les trois premiers.

La chemise blanche avec détail de construction

Maison Margiela fait des chemises blanches qui ne sont pas des chemises blanches. Le col est décalé d'un centimètre. La patte de boutonnage double sur elle-même. Les coutures sont exposées, retournées, ou les deux. Ce ne sont pas des chemises pour les gens qui veulent une chemise blanche. Ce sont des chemises pour les gens qui en ont déjà six et qui veulent voir ce que le format peut faire d'autre.

Au bureau, vous en portez une version sobre. Cherchez la chemise où le détail est architectural, pas théâtral. Une manche légèrement surdimensionnée. Un col qui se tient sans rigidité. Une découpe à l'épaule qui change la ligne sans crier. Le coton doit être dense — popeline, oxford, quelque chose qui ne se froisse pas dans l'ascenseur. Rentrez-la à moitié dans le pantalon. Laissez-la respirer. Ne la repassez pas à la perfection. Margiela construit pour le mouvement, pas pour la vitrine.

Le pull sans coutures apparentes

Le tricot de la maison — en mérinos, en cachemire, parfois en coton mercerisé — a une finesse qui ne ressemble pas à ce que les autres maisons font. Pas de côtes épaisses. Pas de torsades. Juste une surface lisse, une épaule qui tombe où elle doit tomber, une longueur qui couvre la ceinture sans aller plus loin. C'est un pull qui ne demande rien. Il offre une ligne nette, un tombé propre, une couleur qui ne cherche pas à se faire remarquer.

Portez-le sur la chemise blanche. Portez-le seul si la réunion est en visio. Gris moyen, marine profond, noir mat. Évitez les couleurs qui posent des questions. Le pull Margiela fonctionne parce qu'il disparaît presque. Ce qui reste, c'est la silhouette. Ce qui reste, c'est vous, mais en mieux proportionné.

Le sac cabas en cuir sans logo

Le Tote de Margiela — pas celui avec les quatre points blancs cousus, l'autre — est un rectangle en cuir grainé avec deux anses et rien d'autre. Pas de fermoir. Pas de poche extérieure. Pas de chaîne. C'est un sac qui transporte un ordinateur, un cahier, une trousse, une bouteille d'eau, et qui ne s'effondre pas sous le poids. Le cuir vieillit bien. Les anses ne cassent pas. Vous le posez à côté de votre chaise et personne ne sait ce que c'est, mais tout le monde voit que c'est bien fait.

Ce n'est pas le sac Glam Slam. Ce n'est pas le sac 5AC avec le cadenas. C'est le sac pour les jours où vous devez ressembler à quelqu'un qui travaille, pas à quelqu'un qui collectionne. Noir, cognac, gris foncé. Rien de vernis. Rien de métallisé. Juste du cuir qui porte son âge sans s'excuser.

La chaussure plate en cuir — pas le Tabi

Margiela fait des derbies, des mocassins, des ballerines qui ne sont pas des Tabis. Elles ont la même construction — semelle Vibram, cuir italien, couture apparente à l'arrière — mais elles ne fendent pas l'orteil en deux. Elles se lisent comme des chaussures. Elles marchent comme des chaussures. Elles vieillissent comme des chaussures qui coûtent ce qu'elles coûtent.

Pour le bureau, c'est la pièce qui ancre tout le reste. Le pantalon tombe mieux. La chemise a un contrepoids. Vous marchez différemment dans une chaussure qui pèse quelque chose. Noir lisse, cuir grainé, parfois un daim si vous ne prenez pas le métro sous la pluie. Pas de semelle blanche. Pas de détail décoratif. Juste la forme, la matière, la fonction.

Ce qu'il ne faut pas faire

Ne portez pas les Tabis le premier jour. Ne portez pas les Tabis le premier mois. Ne portez pas le manteau oversized avec les manches qui traînent au sol. Ne portez pas le pull avec les trous découpés. Ne portez pas la veste déconstruite sans doublure si vous devez rencontrer des clients. Ne superposez pas trois pièces Margiela en espérant que ça s'annule. Ça ne s'annule jamais.

Portez une pièce. Deux si elles parlent bas. Trois si vous êtes directeur créatif et que personne ne vous pose de questions. Le reste de la tenue doit être neutre, pas ennuyeux. Neutre. Un jean brut. Un t-shirt en coton égyptien. Une ceinture en cuir sans boucle voyante. Laissez Margiela faire son travail sans lui demander de faire tout le travail. La maison construit des vêtements pour les gens qui savent déjà s'habiller. Si vous ne savez pas encore, commencez par le pantalon. Le reste suivra.

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