## Alexander McQueen contre Balenciaga et Bottega Veneta : trois façons de porter le volume structuré
Alexander McQueen contre Balenciaga et Bottega Veneta : trois façons de porter le volume structuré
Le tailleur ample est de retour, mais pas celui qu'on portait il y a cinq ans. Les épaules tombent plus bas, la taille se place à mi-hauteur, et le pantalon — droit, jamais évasé — arrive juste au-dessus de la cheville. C'est un volume qui structure sans contraindre, qui encadre le corps au lieu de le mouler. Alexander McQueen l'a proposé dès sa collection automne-hiver 2024, avec des vestes aux épaules descendues et des pantalons qui tenaient debout tout seuls. Balenciaga et Bottega Veneta ont suivi, chacun avec sa propre lecture. La question n'est plus de savoir si ce volume va s'imposer — il est déjà là — mais de comprendre comment trois maisons voisines en termes de prix et de positionnement l'interprètent différemment.
Alexander McQueen mise sur la construction. Les pièces présentées par Seán McGirr en septembre dernier reposent sur une architecture interne : entoilage visible au niveau des revers, doublure en sergé de coton qui donne du poids, coutures apparentes qui dessinent des lignes verticales le long du dos. Ce n'est pas de la déconstruction — c'est le contraire. Tout est là pour qu'on voie comment la pièce tient. Une veste portée ouverte sur un pantalon taille mi-haute crée une silhouette en I, longue et droite, qui ne cherche pas à séduire mais à imposer une présence. Les couleurs restent neutres : gris ardoise, noir profond, blanc cassé. Le tissu fait le travail.
Balenciaga, sous la direction de Demna, propose un volume qui déforme. Les proportions sont exagérées — épaules qui dépassent de plusieurs centimètres, manches qui couvrent la moitié de la main, pantalons dont la taille monte jusqu'au sternum. C'est un tailleur qui ne prétend pas être fonctionnel. Il annonce son artificialité. La collection printemps-été 2025 incluait des ensembles en laine peignée où le pantalon semblait emprunté à quelqu'un de deux tailles au-dessus. Porté avec des bottes plates et un sac miniature, l'effet est celui d'un corps qui refuse d'être lu facilement. Ce n'est pas confortable à regarder. Ce n'est pas censé l'être.
Bottega Veneta, avec Matthieu Blazy, va dans une autre direction : le volume mou. Les tailleurs de la collection automne-hiver 2024 étaient coupés dans des lainages souples, presque liquides, qui tombaient sans rigidité. Les épaules suivaient la ligne naturelle du corps, les pantalons se pliaient au niveau des genoux. Ici, le volume n'est pas construit — il est suggéré par le poids du tissu. Une veste portée sur un pull fin en cachemire crée une superposition qui bouge avec la personne qui la porte. C'est une approche plus discrète, moins immédiatement lisible, mais tout aussi réfléchie. Le détail est dans le toucher, pas dans la ligne.
Les trois maisons partagent un point commun : elles refusent le près-du-corps. Mais leurs raisons diffèrent. Alexander McQueen veut montrer le métier, la main qui a assemblé la pièce. Balenciaga veut provoquer une réaction, forcer le regard à s'arrêter. Bottega Veneta veut qu'on oublie qu'on porte un tailleur, qu'on le sente comme une seconde peau plus épaisse. Ce sont trois philosophies du vêtement qui coexistent dans la même fourchette de prix — entre 2 500 et 4 000 euros pour une veste, entre 1 200 et 1 800 pour un pantalon — et qui s'adressent, en théorie, à la même cliente.
En pratique, elles ne parlent pas aux mêmes corps ni aux mêmes vies. Le tailleur McQueen demande qu'on se tienne droite. Il ne pardonne pas l'affaissement. Le Balenciaga assume qu'on va jouer avec lui, qu'on va le porter de manière incorrecte, veste sur l'épaule ou col relevé jusqu'aux oreilles. Le Bottega s'adapte : il fonctionne assis, debout, en mouvement. C'est une question de rapport au vêtement. Est-ce que la pièce vous porte, ou est-ce vous qui la portez ?
La réponse n'est pas évidente. Une avocate new-yorkaise qui plaide trois fois par semaine ne va pas choisir le même tailleur qu'une directrice artistique qui passe ses journées entre l'atelier et les rendez-vous clients. Le premier cas appelle une structure qui tient, qui ne se déforme pas après six heures de port. Le second peut se permettre une souplesse, un volume qui bouge. Le contexte dicte la coupe.
Ce qui unit ces trois lectures, c'est un refus du tailleur-uniforme qu'on a vu dominer entre 2015 et 2020 : ajusté, taille haute, veste cintrée, pantalon cigarette. Ce format a saturé. Il ne dit plus rien. Le volume structuré — qu'il soit rigide, exagéré ou mou — propose une alternative qui ne repose pas sur la séduction immédiate mais sur une forme de présence construite. Porter l'un de ces tailleurs pour les douze prochains mois, c'est accepter qu'on vous remarque pour la silhouette avant de remarquer le visage.





