## Burberry recadre l'anglais — et le reste suit
Burberry recadre l'anglais — et le reste suit
Burberry a passé les six dernières années à se chercher. Riccardo Tisci a tenté le streetwear luxe, Daniel Lee est arrivé avec une promesse de rigueur, et maintenant on se retrouve avec trois pièces qui disent quelque chose de clair : le trench retravaillé en blouson court, la jupe plissée qui tombe sous le genou, et le pull jacquard à col montant. Pas des archétypes. Des propositions.
Le blouson-trench apparaît dans la collection automne-hiver 2024 de Burberry — coupé au-dessus de la taille, en gabardine technique, avec les sangles caractéristiques qui ne servent plus à rien mais qui restent parce qu'elles situent l'objet. C'est un vêtement qui dit : je connais le trench, je l'ai porté, je n'en ai plus besoin dans sa forme complète. Ce qui compte ici, c'est le rapport à l'épaule. Burberry a toujours su construire une épaule — ni masculine ni féminine, juste structurée — et ce blouson la garde intacte tout en supprimant tout ce qui traîne en dessous. Il se porte sur une chemise blanche, sur un col roulé fin, sur rien du tout si l'occasion le permet.
La jupe plissée n'est pas une jupe d'écolière. Elle tombe juste sous le genou, en laine peignée, avec un plissé permanent qui ne bouge pas même après trois heures assise dans le métro. Burberry la montre en tartan — évidemment — mais aussi en marine uni, en gris charbon, en camel qui vire au brun quand la lumière change. Ce n'est pas une pièce nostalgique. C'est une pièce qui prend ce que l'on associe à l'uniforme scolaire britannique et qui le déplace juste assez : la longueur est adulte, la ceinture est absente, le plissé est plus serré que ce que l'on attend. On la porte avec des derbies plates, avec des bottes montantes, avec des baskets blanches si on sait ce qu'on fait.
Le pull jacquard à col montant est la pièce la plus discrète des trois, et peut-être la plus importante. Burberry le tricote en laine d'agneau, avec des motifs géométriques qui rappellent les archives de la maison sans les citer directement. Le col monte haut — assez pour remplacer une écharpe, pas assez pour gêner. C'est un vêtement de tous les jours qui a l'air de rien jusqu'à ce qu'on le touche. Là, on comprend. Le poids, la densité, la façon dont il tombe sans coller. C'est ce genre de tricot que l'on garde dix ans.
Ce qui se passe ailleurs confirme ce que Burberry propose. Chez Loro Piana, la collection automne-hiver 2024 montre des jupes mi-longues en flanelle avec le même refus du trop court ou du trop long. Chez The Row, les blousons courts en cuir souple reprennent cette idée de couper au-dessus de la taille pour laisser respirer la silhouette. Chez Lemaire, les pulls à col montant en maille épaisse disent la même chose : on se couvre, mais on se couvre bien.
Il y a quelque chose de précis dans ce moment. Après des saisons de volume exagéré — les pantalons qui traînent, les manteaux qui englobent, les pulls qui noient — on revient à des proportions qui demandent plus de soin. Un blouson court oblige à penser à ce qu'on porte en dessous. Une jupe sous le genou change la façon dont on marche. Un col montant remplace trois accessoires.
Burberry ne réinvente rien. La maison prend ce qu'elle sait faire — la gabardine, le tartan, le tricot anglais — et le recadre pour quelqu'un qui n'a pas besoin qu'on lui explique ce qu'est un trench mais qui veut autre chose. Quelqu'un qui a porté le surdimensionné et qui en a fini. Quelqu'un qui cherche des vêtements qui tiennent sans effort visible.
Ce qui est intéressant, c'est que ces trois pièces ne fonctionnent pas seules. Le blouson-trench a besoin de la jupe ou d'un pantalon droit pour équilibrer la coupe courte. La jupe plissée demande quelque chose d'ajusté en haut — le pull jacquard, justement, ou une chemise rentrée. Le pull à col montant peut porter un blazer par-dessus, ou se suffire à lui-même avec un pantalon large. Ce sont des pièces qui se parlent.
On verra ce que ça donne dans les vitrines d'ici mars. On verra si les gens achètent le blouson ou s'ils restent sur le trench classique. On verra si la jupe plissée trouve son public en dehors de celles qui ont déjà un rapport établi avec Burberry. Mais pour l'instant, la proposition est claire : on se recadre, on resserre, on garde ce qui compte.
S'habiller dans cette direction pour les douze prochains mois, c'est accepter que le vêtement ait de nouveau une forme — et que cette forme demande quelque chose de nous.