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## Dolce & Gabbana face à Prada et Bottega : qui mène le retour du cuir structuré

Isabella Ferrari··3 min

Dolce & Gabbana face à Prada et Bottega : qui mène le retour du cuir structuré ?

Le cuir rigide est de retour dans les vitrines milanaises. Pas le nappa souple qu'on plie dans une poche, mais le cuir qui tient debout tout seul : vachette pleine fleur, vacchetta tannée végétale, parfois même du box calf qui se souvient de son ancienne vie en sellerie. Dolce & Gabbana, Prada, Bottega Veneta — trois maisons qui se parlent rarement en public — proposent toutes des sacs structurés pour l'automne. La différence tient dans la façon dont chacune traite la rigidité.

Chez Dolce & Gabbana, le cuir structuré arrive avec une dose de théâtralité. La Sicily, déjà angulaire, s'est durcie davantage cette saison. Les épaules sont droites, les coins nets, la poignée montée sur une quincaillerie dorée qui claque quand on la pose. C'est un sac qui annonce. Le cuir utilisé — souvent du veau imprimé lézard ou de la vacchetta teinte à la main — porte une brillance que Prada éviterait. Dolce traite la structure comme un ornement. Le sac se tient, mais il veut aussi être vu se tenir.

Prada, de son côté, propose une rigidité qui se dissimule. Le Galleria reste le point d'ancrage, mais les versions récentes jouent avec un cuir Saffiano légèrement assoupli aux angles, comme si la maison voulait que la structure paraisse accidentelle. Les coutures sont plates, presque invisibles. La poignée est fine. Rien ne brille. C'est une rigidité qui refuse de se justifier — le sac tient debout parce qu'il a été construit pour ça, pas parce qu'il cherche à impressionner. Prada utilise la structure comme une fonction, pas comme un signal.

Bottega Veneta complique la conversation. L'intrecciato, par nature, offre une souplesse tissée. Mais Matthieu Blazy a introduit des cadres internes plus rigides dans certains des sacs présentés en septembre dernier. Le Cabat, historiquement mou, existe maintenant avec une base qui ne s'affaisse pas. Le Jodie garde son nœud, mais la poche elle-même se tient différemment. Bottega traite la rigidité comme une infrastructure cachée : le sac paraît souple en surface, mais refuse de plier là où il ne devrait pas. C'est une approche architecturale déguisée en artisanat.

Les trois maisons arrivent au même endroit — le cuir structuré — mais pour des raisons différentes. Dolce & Gabbana répond à une cliente qui veut que son sac fasse partie de sa silhouette, qui cherche une présence visible. Le Sicily fonctionne dans un contexte où l'accessoire complète une tenue construite : tailleur ajusté, talon haut, ligne claire. C'est un sac pour les déjeuners où l'on est vu, pour les rendez-vous où l'apparence compte autant que le contenu.

Prada vise une autre cliente. Celle qui prend le train, qui empile des dossiers dans son Galleria, qui préfère que son sac disparaisse dans le quotidien tout en tenant le coup. La rigidité ici sert la durabilité, pas la déclaration. Le Saffiano vieillit en se rayant légèrement, mais la forme reste. C'est un sac qui accepte l'usure comme preuve d'usage, pas comme défaut.

Bottega, elle, s'adresse à une cliente qui refuse le choix entre souplesse et structure. L'intrecciato rigide permet de porter un sac qui paraît décontracté mais qui protège réellement son contenu. C'est une solution technique présentée comme une esthétique. Blazy sait que sa cliente ne veut pas d'un sac qui crie sa rigidité — elle veut juste que son ordinateur ne plie pas.

Le retour du cuir structuré n'est pas un mouvement uniforme. C'est trois maisons qui répondent à trois versions différentes de la même question : comment faire tenir un sac dans un monde où l'on porte plus qu'avant, où l'on se déplace différemment, où le luxe doit justifier sa présence ? Dolce mise sur la visibilité. Prada mise sur la discrétion. Bottega mise sur l'ingéniosité cachée.

Ce qui change pour les douze prochains mois : le sac mou, celui qu'on froisse sous le bras, perd du terrain face au sac qui se pose et qui reste debout. Pas par nostalgie, mais parce que la rigidité offre quelque chose que la souplesse ne peut pas — une forme qui résiste au désordre. Porter un sac structuré en 2025, c'est choisir une silhouette qui ne négocie pas avec le poids de ce qu'on y met.

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