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Fendi et la bataille du tailleur souple : Chloé, Loewe, et la course au déstructuré

Aaliyah Diallo··3 min

Fendi a présenté en septembre un tailleur qui ne ferme pas. Pas de boutons, pas de crochets — juste une veste en laine grain de poudre qui tombe ouverte sur un pantalon taille mi-haute, coupé large à la cuisse et resserré à la cheville. La ligne est droite, le tombé net. C'est un costume qu'on porte sans rien dessous sauf un soutien-gorge triangle ou un débardeur en soie. L'idée n'est pas nouvelle, mais le timing l'est. Trois maisons voisines — Chloé, Loewe, et Fendi elle-même — sont en train de redéfinir le tailleur pour femme en retirant tout ce qui le maintenait en place ces vingt dernières années. Exit la structure. Exit la doublure épaisse. Ce qui reste, c'est un vêtement qui bouge avec le corps au lieu de le contraindre.

Chez Chloé, Chemena Kamali a montré en mars un blazer croisé en crêpe de laine qui se porte sur rien, ou sur un simple caraco. Pas de revers rigides, pas d'entoilage visible. Le tissu est assez fin pour qu'on devine la clavicule en dessous, assez opaque pour que ça reste une proposition sérieuse. Le pantalon qui l'accompagne tombe droit, ourlet au ras du sol, sans pinces. L'ensemble pèse peut-être six cents grammes. On est loin du tailleur Armani des années quatre-vingt-dix, celui qui tenait debout tout seul dans le placard.

Loewe, sous la direction de Jonathan Anderson, a pris une autre route. Pour la collection printemps-été 2025, Anderson a présenté des vestes en lin froissé, portées ouvertes sur des pantalons en toile lavée. Pas de col cranté — juste un col châle qui retombe mou sur les épaules. Le tissu est traité pour avoir l'air déjà porté, déjà vécu. C'est un tailleur qu'on imagine récupéré dans l'atelier d'un grand-père architecte, retaillé pour une silhouette contemporaine. L'idée ici n'est pas le neuf, c'est le familier. Anderson travaille la mémoire textile comme d'autres travaillent la coupe.

Fendi, elle, joue sur un autre registre. Kim Jones, directeur artistique des collections femme depuis 2020, construit des tailleurs qui empruntent autant à la lingerie qu'au vestiaire masculin. Les vestes sont doublées en satin duchesse, mais portées sans rien boutonner. Les pantalons montent juste sous le nombril — ni taille basse ni taille haute — et tombent en ligne droite sans casser sur la chaussure. Le résultat est formel sans être rigide, construit sans être architecturé. On peut le porter pour un déjeuner d'affaires à Milan ou pour un dîner à Trastevere. La polyvalence n'est pas accidentelle.

Ce qui unit ces trois propositions, c'est le refus du tailleur comme armure. Pendant des décennies, le costume féminin a fonctionné comme une réponse au costume masculin : structuré, boutonné, défensif. Ce que Fendi, Chloé et Loewe proposent, c'est un tailleur qui ne protège pas, qui ne cache pas, qui ne compense rien. Il accompagne. Il suit le mouvement de l'épaule quand on tend le bras pour héler un taxi. Il se froisse quand on s'assoit. Il demande à être porté avec assurance parce qu'il ne fait pas le travail à votre place.

La différence entre les trois maisons tient à la clientèle imaginée. Chloé s'adresse à une femme qui veut du chic sans effort, du Rive Gauche sans la rigidité. Loewe parle à celle qui collectionne les pièces d'archive et porte des Dries Van Noten de 2003 avec des Lemaire de l'année dernière. Fendi, elle, vise une garde-robe plus transactionnelle : des vêtements qu'on peut porter au bureau, à un vernissage, dans un avion en classe affaires. Ce n'est pas une question de prix — les trois tournent autour de deux mille euros pour une veste — mais d'usage.

Le risque, pour ces trois maisons, c'est que le tailleur souple devienne un code aussi rigide que celui qu'il remplace. Déjà, on voit des versions édulcorées chez COS, chez Arket, chez & Other Stories. Le problème n'est pas la diffusion, c'est la banalisation. Un tailleur qui ne ferme pas n'a de sens que s'il est coupé avec précision. Sinon, c'est juste une veste qu'on a oublié de boutonner.

Pour les douze prochains mois, porter ce type de tailleur signifie accepter qu'un vêtement formel puisse être fragile, qu'il puisse bouger, qu'il puisse se froisser — et que c'est exactement le propos.

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