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## Givenchy et le retour du tailleur architecturé

Keiko Tanaka··3 min

Givenchy et le retour du tailleur architecturé

Le tailleur structuré à épaule carrée — celui qui dessine une ligne droite de la clavicule au coude — revient dans les collections printemps-été 2024. Pas en citation ironique. Pas en oversized détourné. En silhouette ajustée, taille marquée, épaule construite. Givenchy l'a présenté en mars dernier sous la direction artistique de Matthew M. Williams : veste cintrée en grain de poudre noir, pantalon droit à mi-mollet, pas de revers. Saint Laurent, Celine et Givenchy proposent trois versions distinctes de cette même idée. La différence tient à la construction, au tombé, et à ce que chaque maison demande au corps de faire.

Chez Givenchy, la structure est visible. L'épaule est carrée mais pas agressive — elle prolonge l'os naturel de deux centimètres, peut-être trois. La veste se ferme haut sur le sternum. Les manches sont étroites. Il n'y a pas de jeu dans la doublure. Ce tailleur exige une posture. Il ne pardonne pas l'affaissement. Williams a montré cette silhouette en noir, en blanc cassé, et dans un beige sable qui lit presque gris sous certaine lumière. Pas de motif. Pas de texture ostentatoire. Le tissu est lisse, dense, avec une main ferme. C'est un vêtement qui se tient seul.

Saint Laurent, sous Anthony Vaccarello, propose l'épaule la plus fine des trois. La veste est longue — elle descend à mi-cuisse — et la taille n'est jamais cintrée. L'épaule tombe juste au bord de l'os. Le pantalon est taille haute, coupe cigarette, ourlet franc. Tout repose sur la longueur et sur une verticalité ininterrompue. Là où Givenchy construit une armature, Saint Laurent étire. Le corps disparaît différemment. Ce n'est pas de la rigueur. C'est de l'élision.

Celine, dirigée par Hedi Slimane, choisit la coupe la plus étroite. L'épaule est naturelle. La veste est courte — elle s'arrête à la taille — et le pantalon est taille basse, presque mid-rise. Les jambes sont droites mais pas serrées. Slimane a toujours travaillé avec le corps jeune, le corps mince, le corps qui n'a pas besoin de structure parce qu'il est déjà une ligne. Ici, le tailleur épouse sans contraindre. Il n'y a pas de doublure rigide. Pas d'entoilage visible. Le tissu est souple, souvent un sergé fin ou une gabardine légère. Ce n'est pas une armure. C'est une seconde peau.

Les trois maisons partagent un vocabulaire — col cranté, boutonnage simple, palette neutre — mais elles ne parlent pas la même langue. Givenchy construit. Saint Laurent allonge. Celine moule. La question n'est pas laquelle est la plus belle. La question est laquelle correspond à la manière dont vous habitez un vêtement.

Il faut aussi regarder ce qui entoure le tailleur. Chez Givenchy, il est porté avec des accessoires métalliques — boucles d'oreilles carrées, sac rigide en cuir box — et des chaussures à bout carré. Tout renforce l'angle droit. Chez Saint Laurent, le tailleur apparaît avec des sandales à talon fin, des lunettes aviateur, un sac souple porté sous le bras. L'ensemble reste fluide. Chez Celine, le tailleur est associé à des boots Chelsea, une ceinture fine, parfois une cravate étroite. L'esthétique penche vers le masculin emprunté, mais ajusté au millimètre.

Ce retour du tailleur structuré n'est pas nostalgique. Il ne cite pas les années 1980. Il ne rejoue pas Helmut Newton. Il répond à trois saisons de volumes amples, de proportions exagérées, de silhouettes qui flottaient autour du corps sans jamais le toucher. Le pendule revient. Pas vers la contrainte — personne ne propose de corseterie ni de gaine — mais vers la définition. Vers une ligne claire.

Les acheteurs réagissent. Dover Street Market Paris a reçu les premières livraisons en juillet. Les vestes Givenchy sont parties en deux semaines. Les clientes demandent la taille exacte. Pas une taille au-dessus pour le confort. Pas une taille en dessous pour l'effet. La taille juste. Cela n'arrivait plus depuis longtemps.

La différence entre ces trois maisons se lit aussi dans le prix. Une veste Givenchy en grain de poudre : 2 400 €. Une veste longue Saint Laurent en laine : 3 200 €. Une veste courte Celine en sergé : 1 800 €. Le coût reflète la construction. Plus il y a d'entoilage, de doublure, de coutures invisibles, plus le prix monte. Celine reste accessible parce que la coupe est simple. Givenchy monte parce que l'épaule est travaillée. Saint Laurent culmine parce que la longueur exige plus de tissu et un équilibre technique délicat.

Ce tailleur ne convient pas à tout le monde. Il demande des épaules définies, une taille marquée, une certaine verticalité. Il ne pardonne pas la négligence. Mais pour celles qui veulent une silhouette nette, sans ambiguïté, sans jeu, c'est le vêtement des douze prochains mois. Il dit : je sais où commence mon corps et où il finit.

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