## Givenchy et le retour du tailleur strict
Givenchy et le retour du tailleur strict
Le tailleur strict est de retour. Pas le blazer boyfriend. Pas la veste oversize portée sur un jean. Le tailleur strict : épaulé, cintré, porté avec son pantalon assorti, taille moyenne, pli marqué. Givenchy, Celine et Saint Laurent l'ont tous proposé pour l'automne-hiver 2024, mais chaque maison l'a construit différemment.
Chez Givenchy, sous la direction de Matthew M. Williams, le tailleur est une armure. L'épaule est carrée, presque architecturale. Le pantalon tombe droit depuis la hanche, sans évasement ni resserrement à la cheville. La veste se ferme haut sur le torse. C'est un vêtement qui impose une posture. Williams a montré ces pièces en noir, en gris anthracite, en laine peignée à 320 grammes. Aucune fantaisie. Aucun détail visible qui ne serve pas la structure. Le bouton est fonctionnel. La poche est fermée. La doublure est en cupro, glisse contre la chemise, ne se voit jamais.
Ce n'est pas un costume d'homme adapté. C'est un tailleur pensé pour le corps féminin, mais avec la rigueur du vestiaire masculin. La différence se lit dans la coupe : la taille de la veste est légèrement marquée, mais sans pinces visibles. L'emmanchure est haute. Le col revers est étroit, presque militaire. Givenchy ne cherche pas à adoucir. La maison propose une ligne dure, une silhouette qui ne négocie pas.
Celine, sous Hedi Slimane, propose autre chose. Le tailleur existe aussi, mais il est plus fin, plus long. La veste descend sous la hanche. Le pantalon est taille basse, cigarette, avec un tombé qui rappelle les années 2000. Slimane travaille une laine plus légère, autour de 240 grammes, et ajoute un détail : une poche poitrine oblique, un revers de manche visible, une fente latérale plus haute que nécessaire. Ce sont de petites choses, mais elles changent l'intention. Le tailleur Celine veut séduire. Il se porte avec un talon aiguille, une chemise ouverte, un sac sous le bras. Il est conscient de lui-même.
Saint Laurent, sous Anthony Vaccarello, reste fidèle à l'héritage de la maison : le smoking féminin. Mais cette saison, Vaccarello a resserré les proportions. L'épaule est moins large que celle de Givenchy, mais plus structurée que celle de Celine. Le pantalon est taille haute, large à la cuisse, étroit au mollet. Le grain de poudre est classique, 280 grammes, avec un lustre discret. Vaccarello ajoute un détail signature : le revers satin sur la veste, porté en plein jour, sans ironie. C'est un tailleur qui connaît son histoire et qui assume de la répéter.
Les trois maisons travaillent le même objet, mais avec des intentions différentes. Givenchy construit une armure. Celine dessine une silhouette. Saint Laurent perpétue un code. La question n'est pas laquelle est la meilleure — c'est laquelle correspond à ce que l'on veut projeter.
Le tailleur strict demande quelque chose à celle qui le porte. Il ne pardonne pas une mauvaise posture. Il ne se porte pas avachi. Il ne se mélange pas facilement avec des pièces casual. C'est un vêtement qui impose une cohérence. Chez Givenchy, cette cohérence est totale : chemise blanche, col montant, chaussure plate ou talon bloc. Chez Celine, on peut jouer : un t-shirt en dessous, une basket étroite, un sac en bandoulière. Chez Saint Laurent, le code est fixe : chemise en soie, escarpin, pochette rigide.
Le marché suit. Depuis septembre, les ventes de tailleurs en laine structurée ont augmenté de 34 pour cent chez les retailers européens, selon les données de Lyst. Les recherches pour 'tailleur pantalon femme' ont doublé en trois mois. Les clientes achètent la veste et le pantalon ensemble, ce qui ne s'était pas vu depuis 2019. Elles cherchent des pièces qui durent, qui se portent en entier, qui ne nécessitent pas de stylisme complexe.
Givenchy propose un tailleur à 2 890 €. Celine, à 3 100 €. Saint Laurent, à 3 400 €. La différence de prix reflète la différence de construction : Givenchy utilise une toile thermocollée, Celine une toile flottante partielle, Saint Laurent une toile entièrement cousue main. Ce sont des choix techniques qui influencent le tombé, la longévité, le confort.
Porter un tailleur strict pour les douze prochains mois, c'est accepter que le vêtement décide pour vous — et choisir quelle version de cette décision vous voulez habiter.





