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## La coupe tailleur retourne chez Alexander McQueen — et deux maisons voisines la travaillent autrement

Aaliyah Diallo··3 min

La coupe tailleur retourne chez Alexander McQueen — et deux maisons voisines la travaillent autrement

Le blazer cintré à épaule structurée refait surface. Pas la version oversize des trois dernières saisons, pas le boyfriend emprunté au vestiaire masculin, mais la veste ajustée qui suit la ligne du corps sans la comprimer. Alexander McQueen l'a montré en mars dernier — col cranté net, taille marquée à la couture princesse, épaule construite mais pas agressive. Deux maisons britanniques voisines, Burberry et Erdem, ont répondu avec leurs propres versions. Les trois lisent le même moment, mais avec des grammaires différentes.

Chez Alexander McQueen, la collection automne-hiver 2024 a ouvert sur une série de tailleurs en laine grain de poudre. Veste cintrée, pantalon droit à pli marqué, taille mi-haute. Seán McGirr, dans sa deuxième saison pour la maison, a choisi de travailler la structure sans théâtralité. L'épaule porte un léger cran — pas le power dressing des années quatre-vingt, pas non plus l'épaule tombante des dernières années. C'est une ligne qui ancre le vêtement sans forcer le regard. Les pantalons tombent droit depuis la hanche, sans évasement, sans resserrement à la cheville. La proportion est équilibrée. La silhouette ne penche pas.

Burberry a présenté sa propre lecture en février. Daniel Lee, désormais dans sa troisième saison, a montré des blazers en laine peignée avec une taille plus haute que celle de McQueen — la couture princesse remonte de deux centimètres, créant une ligne qui allonge le buste. Les épaules sont moins construites, presque souples, et les revers légèrement plus larges. Le pantalon qui accompagne est taille haute, jambe droite mais avec un léger évasement à partir du genou. La différence est subtile, mais elle change la posture. Là où McQueen ancre, Burberry étire.

Erdem, pour sa part, a présenté en septembre une collection qui intègre le tailleur dans un vocabulaire plus ornemental. Les vestes restent cintrées, mais les tissus ajoutent une couche — jacquard de soie, laine avec fil lurex, tweed tissé avec un motif floral en relief. L'épaule est construite, mais adoucie par la texture du tissu. Les pantalons sont plus étroits, presque cigarette, et se portent avec des escarpins à bride. C'est une version qui assume l'ornement sans basculer dans le costume. Le tailleur devient support pour autre chose.

Les trois maisons partagent un point de départ — le retour à une silhouette qui structure sans rigidifier — mais leurs choix techniques divergent. Alexander McQueen travaille la netteté. Les coutures sont visibles, les proportions équilibrées, le tombé net. Burberry joue sur l'allongement et la souplesse, une approche qui rappelle les tailleurs Savile Row mais avec une taille féminine marquée. Erdem intègre le textile comme élément décoratif, une méthode plus proche de la couture parisienne que de la tradition tailleur britannique.

Ce qui se joue ici n'est pas une question de style mais de construction. Un blazer cintré demande une toile intérieure précise, un placement d'épaule exact, une couture princesse qui suit la courbe du corps sans tirer sur le tissu. C'est un travail d'atelier. Alexander McQueen et Burberry ont les ressources pour le faire en interne. Erdem, maison plus petite, travaille avec des ateliers externes mais garde un contrôle serré sur la coupe. Les trois produisent des pièces qui tiennent leur forme après plusieurs ports. C'est une différence qui compte.

Le marché répond. Les tailleurs McQueen de la dernière collection se vendent rapidement — pas en édition limitée, mais en stock régulier qui ne reste pas longtemps. Burberry voit un intérêt similaire, particulièrement sur les pièces en laine unie. Erdem, avec des prix légèrement plus accessibles et une distribution plus restreinte, trouve un public qui cherche la structure avec plus de détail textile. Les trois approches coexistent sans se cannibaliser.

Ce retour à la veste cintrée n'est pas nostalgie. C'est une réponse à trois ans de silhouettes qui flottaient, qui cachaient, qui refusaient la ligne. Le blazer structuré demande un autre regard — il suppose qu'on veut être vu dans une forme précise, pas dissimulé dans du volume. Il suppose aussi qu'on accepte l'ajustement, le poids d'un vêtement construit, la présence que ça crée.

Porter un tailleur cintré pour les douze prochains mois signifie accepter qu'un vêtement ait une opinion sur votre silhouette — et choisir laquelle.

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