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Bonjour Soir

La silhouette Gucci en 2026

Aaliyah Diallo··3 min

Gucci construit ses épaules en ce moment — pas la pagode des années quatre-vingt, pas la carrure Tom Ford, mais une ligne qui commence deux centimètres plus large que l'os et descend proprement jusqu'au coude. C'est une épaule qui se voit de profil avant de se voir de face. Une épaule qui implique une manche montée, pas raglan, et qui demande un certain poids de laine ou de gabardine pour tenir la forme sans rembourrage agressif. Ce qu'on voit sur les podiums depuis l'automne-hiver 2025 et ce qu'on commence à voir dans les ateliers pour le printemps 2026, c'est une construction qui revient au tailleur comme proposition centrale, pas comme accent occasionnel.

La collection automne-hiver 2025 de Sabato De Sarno a posé le vocabulaire. Blazers en laine peignée à 340 grammes, épaules légèrement étendues, boutonnage simple, revers cranté de sept centimètres. Pas de surpiqûre contrastante, pas de détail qui crie. La veste se porte sur un pantalon taille mi-haute — jamais haute, jamais basse — avec une coupe droite qui tombe sans pinces. L'ensemble lit comme un costume mais se sépare facilement. Le blazer sur un jean brut fonctionne. Le pantalon avec un pull à col roulé fin fonctionne. C'est une silhouette modulaire, et la modularité compte quand on demande aux gens de dépenser 2 800 € sur une seule pièce.

Ce qui a suivi pour le printemps-été 2026 n'était pas un adoucissement mais une translation. Même épaule, tissus différents. Lin-soie à 220 grammes, sergé de coton mercerisé, popeline stretch qui garde une certaine tenue. Les blazers sont restés, mais raccourcis de trois centimètres — ils s'arrêtent maintenant juste sous la hanche, pas au milieu de la cuisse. Les chemises qui les accompagnent ont des cols qui se portent ouverts, avec un premier bouton positionné cinq centimètres sous la base du cou. Pas de cravate en vue. Pas de pochette. L'idée n'est pas le formalisme, c'est la structure portée avec désinvolture.

Gucci n'est pas seul dans ce geste — Loro Piana, The Row, Khaite construisent tous des épaules en ce moment — mais la maison le fait avec une spécificité qui vient de son archive. Les blazers de De Sarno citent les années quatre-vingt-dix, pas les années quatre-vingt. La période Domenico De Sole et Tom Ford, quand la maison vendait du tailoring aux femmes qui achetaient aussi chez Jil Sander et Helmut Lang. Une clientèle qui voulait de la présence sans théâtralité. Ce qui se passe maintenant, c'est un retour à ce registre — tailleur sérieux, détails minimaux, tout dans la coupe.

Les pré-collections confirment la direction. La cruise 2026, présentée en mai à Seoul, a montré des manteaux en laine double-face avec la même ligne d'épaule, portés sur des robes-chemises en soie lavée. Les proportions restent cohérentes : épaule définie, taille marquée sans ceinture, longueur qui couvre le genou ou s'arrête juste au-dessus. Rien de surdimensionné, rien de court. La silhouette demande une certaine hauteur — pas nécessairement physique, mais dans la façon de se tenir. Elle ne pardonne pas l'affaissement.

Ce que ça signifie en termes de vestiaire, c'est un réalignement. Les trois dernières saisons ont privilégié le fluide, le sans-structure, le pull porté comme veste. Ça a marché pour certaines occasions, moins pour d'autres. Ce que Gucci propose maintenant, c'est un retour à la pièce qui demande un essayage, un ajustement, une relation avec un tailleur. Le blazer qu'on achète en 2026 ne sort pas du cintre prêt à porter. Il nécessite des retouches — manches raccourcies, épaules vérifiées, longueur ajustée. C'est un achat qui prend du temps, et c'est délibéré.

La question pour les douze prochains mois n'est pas de savoir si cette silhouette va se diffuser — elle se diffuse déjà, on la voit chez Toteme, chez Frankie Shop, chez COS — mais comment elle va se porter en dehors du contexte éditorial. Un blazer structuré avec un jean brut et des mocassins plats, c'est une proposition claire. Un blazer structuré avec une jupe plissée et des baskets, c'est une autre conversation. Gucci mise sur le premier. Le marché décidera si le second a sa place.

Ce qui reste certain, c'est que l'épaule compte à nouveau. Pas comme détail, mais comme fondation. Pas comme tendance saisonnière, mais comme réinitialisation de ce que signifie s'habiller avec intention. Porter cette silhouette pour les douze prochains mois, c'est accepter que le vêtement ait un point de vue — et que ce point de vue commence à l'épaule et descende de là.

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