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## Le retour du corps chez Jacquemus

Aaliyah Diallo··4 min

Le retour du corps chez Jacquemus

Simon Porte Jacquemus a passé les trois dernières saisons à nous montrer des silhouettes larges — pantalons qui traînent sur des sandales plates, chemises dont les épaules tombent à mi-bras, robes qui flottent sans jamais toucher la taille. Cette saison, il change de cap. Le corps revient. Pas de manière agressive, pas avec la seconde peau des années 2000, mais avec une précision nouvelle : le pantalon taille mi-haute coupé près de la jambe, la veste courte qui s'arrête juste au-dessus de la hanche, la robe qui suit la ligne sans la serrer.

Trois pièces racontent ce virage.

La veste courte à boutonnage simple

Elle arrive en toile de lin écru, doublée uniquement aux épaules. Longueur : quinze centimètres sous l'aisselle, pas plus. Un seul bouton, placé haut, juste sous le sternum. Les manches s'arrêtent au poignet sans revers — une coupe nette, presque abrupte. C'est une pièce qui demande une posture. Portée ouverte, elle perd tout son sens. Portée fermée sur un pantalon taille haute, elle redessine la silhouette en deux blocs nets : buste court, jambe longue.

Jacquemus n'est pas seul à proposer cette longueur. Totême l'a montrée en mars dans une version laine grain de poudre, boutonnée jusqu'au col. The Row l'a faite en cachemire double face pour l'automne, sans col du tout, juste deux pans qui se croisent. Mais chez Jacquemus, la veste courte ne vient pas d'un vestiaire masculin réinterprété — elle vient du vestiaire estival méditerranéen, celui des femmes qui portaient une veste sur une jupe crayon pour aller déjeuner à Cassis en 1987. La référence n'est jamais dite, mais elle est là dans la coupe, dans le lin, dans le refus de la doublure complète.

On la porte sur un jean droit, pas sur un jean large. On la porte avec une ceinture visible, jamais cachée sous le tissu. On la porte en sachant qu'elle ne pardonne rien — ni une épaule tombante, ni une taille mal ajustée.

Le pantalon droit taille mi-haute

Taille positionnée deux centimètres sous le nombril. Jambe droite de la hanche à la cheville, sans évasement, sans pinces. Tissu : sergé de coton stretch, poids moyen, qui tient la forme sans raidir. Pas de pli permanent. Pas de poches plaquées à l'arrière — juste des poches italiennes devant, invisibles quand on ne les utilise pas.

C'est un retour au pantalon des années 1990, mais sans la taille basse qui allait avec. La coupe évite deux écueils : elle ne monte pas jusqu'aux côtes comme le pantalon taille haute des trois dernières années, et elle ne tombe pas sur les hanches comme celui qu'on portait en 2003. Elle se pose entre les deux, à l'endroit où le corps se plie naturellement quand on s'assoit.

Khaite a montré une version similaire en gabardine de laine pour l'hiver. Lemaire l'a proposée en denim brut au printemps. Chez Jacquemus, elle apparaît en beige sable, en blanc cassé, en bleu marine — jamais en noir. Le noir viendra peut-être plus tard, mais pour l'instant, la palette reste claire, presque délavée, comme si le pantalon avait déjà vécu un été ou deux.

On le porte avec des sandales plates, pas des talons. On le porte avec un t-shirt rentré, jamais sorti. On le porte en acceptant qu'il montre la ligne de la jambe sans la mouler.

La robe chemise ajustée

Longueur mi-mollet. Manches longues terminées par un poignet boutonné. Col chemise classique, sans col Mao, sans col claudine. Coupe : ajustée de l'épaule à la hanche, puis légèrement évasée jusqu'à l'ourlet. Pas de ceinture intégrée — si on veut marquer la taille, on ajoute une ceinture fine en cuir, jamais en tissu.

La robe chemise existe depuis toujours, mais celle-ci ne ressemble pas aux versions surdimensionnées qu'on a vues partout depuis 2021. Elle ne flotte pas. Elle ne cache pas. Elle suit le corps sans le comprimer, avec juste assez d'aisance pour qu'on puisse marcher, s'asseoir, lever les bras sans que le tissu tire.

Proenza Schouler en a montré une version similaire en popeline blanche pour le printemps. Jil Sander l'a faite en coton mercerisé, boutonnée jusqu'au col, sans décolleté. Chez Jacquemus, elle apparaît en lin rayé — rayures fines, verticales, bleu et blanc ou beige et blanc. Le tissu a du poids. Il ne se froisse pas au premier mouvement.

On la porte seule, jamais superposée. On la porte avec des sandales à brides, jamais des baskets. On la porte en sachant qu'elle demande une certaine assurance — elle ne se fond pas dans la foule, elle ne disparaît pas dans le décor.

Ce que ça veut dire

Porter ces trois pièces pour les douze prochains mois, c'est accepter que le corps redevient visible — pas exposé, pas mis en scène, mais présent, lisible, assumé dans sa forme réelle.