Livraison internationale offerte dès €300.
Bonjour Soir

## Le retour du sac structuré chez ZUZWA

Isabella Ferrari··3 min

Le retour du sac structuré chez ZUZWA

ZUZWA vient de déployer trois modèles qui refusent l'affaissement. Pas de hobo mou, pas de tote en toile qui s'écrase sous son propre poids — juste des formes qui tiennent debout sur une étagère sans appui. C'est un signal qu'on commence à voir ailleurs (Khaite automne-hiver, The Row pre-fall), mais chez ZUZWA, la conviction est totale.

Le premier sac s'appelle le Carré. Vingt-deux centimètres de côté, cuir grainé rigide, fermeture à cadre métallique qui claque avec un bruit de portière de voiture allemande. On le porte à la main ou en bandoulière courte — jamais en crossbody, la chaîne n'est pas assez longue pour ça. C'est une décision, pas un oubli. ZUZWA veut que ce sac reste près du corps, qu'il structure la silhouette au lieu de pendre. En boutique, les vendeuses le posent debout sur le comptoir. Il ne bouge pas.

Le deuxième, c'est le Demi-Lune, lancé en mars. Base plate, arche rigide, poignée unique en résine moulée qui rappelle les vanity cases des années soixante-dix — ceux qu'on fermait avec deux loquets chromés et qu'on ne lâchait jamais en cabine. Ici, la fermeture est magnétique, mais l'esprit reste. Le sac ne se déforme pas. Même rempli, il garde son profil. C'est un exercice de construction : doublure cartonnée, fond renforcé, parois qui ne cèdent pas sous la pression d'un portefeuille ou d'une trousse. ZUZWA a envoyé des échantillons à trois maroquiniers toscans avant de trouver celui qui acceptait de monter la pièce sans compromis sur l'épaisseur du cuir. Résultat : un sac qui pèse quatre cents grammes à vide, ce qui est beaucoup pour un format day. Mais il tient.

Le troisième modèle, le Cassetto, arrive en boutique fin mai. C'est un top-handle avec une base rectangulaire et des angles vifs, presque architecturaux. Pas de coins arrondis, pas de coutures adoucies. ZUZWA a choisi un veau lisse mat qui ne patine presque pas — il vieillit, mais lentement, sans le lustre rapide qu'on attend du cuir de luxe. C'est une posture : le sac ne doit pas devenir autre chose avec le temps. Il doit rester ce qu'il est. La maison a d'ailleurs refusé de proposer une version en daim, pourtant demandée par deux acheteurs européens. Trop souple, trop sujet à l'affaissement. Pas dans la ligne.

Ce qui se passe, c'est un refus de l'informe. Pendant quatre saisons, on a vu des sacs en cuir souple, des formes qui s'adaptaient au contenu, des silhouettes molles qui jouaient sur le contraste avec des tailleurs stricts. Chez Loewe, le Flamenco ; chez Khaite, le Lotus ; chez Proenza Schouler, le Ruched. Tous magnifiques, tous construits sur l'idée que le sac devait céder. ZUZWA prend le contre-pied. Pas par nostalgie — personne ne réclame le retour du Kelly — mais par pragmatisme. Un sac structuré impose une discipline. Il limite ce qu'on peut y mettre, il refuse de devenir fourre-tout, il oblige à choisir.

En atelier, cette rigueur coûte. Les sacs structurés demandent plus de temps de montage, plus de matière première (le cuir rigide génère plus de chutes), et surtout, plus de prototypes. ZUZWA a produit sept versions du Carré avant de valider la forme finale. Sept itérations pour trouver l'angle exact où le rabat rencontre la base, pour que la fermeture s'aligne sans forcer. C'est un luxe que peu de maisons peuvent se permettre en dehors des grands groupes. Mais ZUZWA n'est pas pressé. La maison produit en petites séries, vend principalement en direct, et peut se permettre de prendre douze mois pour mettre un modèle au point.

Le marché commence à suivre. Les acheteurs de Net-a-Porter ont commandé le Demi-Lune en trois coloris pour la saison prochaine. Matches a pris le Carré en exclusivité pour le Royaume-Uni. Et en boutique parisienne, le Cassetto est déjà en liste d'attente avant même d'être livré. Ce n'est pas un phénomène de hype — ZUZWA ne fait pas de drops, ne travaille pas avec des influenceurs, ne joue pas sur la rareté artificielle. C'est juste que les clientes cherchent quelque chose qui tient debout.

Porter un sac structuré pour les douze prochains mois, c'est accepter de composer avec une contrainte — et découvrir qu'on n'avait pas besoin de tout ce qu'on traînait.

Lire et acheter · ZUZWA