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## Le retour du volume architecturé : Balenciaga face à Bottega Veneta et The Row

Keiko Tanaka··3 min

Le retour du volume architecturé : Balenciaga face à Bottega Veneta et The Row

Le pantalon taille moyenne, structuré, à pli marqué, remplace le bas flou des trois dernières saisons. On le voit chez Balenciaga, Bottega Veneta, The Row. La jambe est droite ou légèrement évasée. Le tissu tient debout. La ceinture existe à nouveau.

Ce n'est pas un revival. C'est une correction.

Balenciaga a montré cette direction en septembre, collection printemps-été 2025. Demna a coupé des pantalons en laine tropicale à 280 grammes — un poids qui structure sans rigidifier. La taille monte à deux centimètres sous le nombril. Le pli est thermofixé, net comme une arête. Pas de pinces. La jambe descend droite depuis la hanche, se termine juste au-dessus de la cheville. Le volume vient de la coupe, pas du tissu qui s'affaisse.

Chez Bottega Veneta, Matthieu Blazy travaille le même registre avec une intention différente. Sa collection automne-hiver 2024 montrait des pantalons en gabardine de coton, taille naturelle, jambe ample mais architecturée par une doublure en sergé de soie. Le tombé est contrôlé. Le vêtement bouge avec le corps sans le suivre servilement. Blazy pense le pantalon comme une structure souple — un origami qui garde la mémoire du pli.

The Row propose une troisième lecture. Automne-hiver 2024 également : pantalon en flanelle de laine peignée, taille moyenne, jambe droite, ourlet franc. Aucun détail superflu. Mary-Kate et Ashley Olsen refusent la démonstration. Le pantalon existe par sa coupe, son poids, la qualité de sa construction invisible. On voit la ligne. On ne voit pas le travail.

Les trois maisons partagent un vocabulaire — taille définie, jambe structurée, tombé contrôlé — mais les dialectes divergent.

Balenciaga amplifie. Demna garde l'ADN de la maison : la silhouette comme déclaration, le vêtement qui modifie la proportion du corps. Ses pantalons ne cherchent pas le confort discret. Ils imposent une verticalité, une raideur voulue. Le mannequin marche différemment. La ceinture crée une césure nette entre torse et jambes. C'est du tailoring pensé comme sculpture, pas comme service.

Bottega Veneta négocie. Blazy veut la structure et la sensualité. Ses pantalons ont du poids mais restent tactiles. Il double en soie, ajoute une doublure partielle qui glisse contre la peau. Le vêtement est architecturé à l'extérieur, intime à l'intérieur. Cette dualité traverse toute la collection : des blousons en cuir grainé doublés de nappa lisse, des manteaux en laine bouillie avec des poches en satin. Blazy refuse de choisir entre rigueur et douceur.

The Row élimine. Les sœurs Olsen travaillent par soustraction. Leur pantalon n'a pas de détail signature, pas de proportion exagérée, pas de finition visible. C'est un objet parfait dans sa banalité voulue. La coupe est classique — taille moyenne, jambe droite, pli unique — mais l'exécution est irréprochable. Le tissu est tissé sur mesure. Les coutures sont rabattues à la main. Le vêtement ne crie pas. Il dure.

Ces trois approches révèlent une fracture dans le luxe contemporain.

Balenciaga continue de jouer avec le malaise productif. Demna sait que ses clients achètent une position, pas seulement un vêtement. Porter un pantalon Balenciaga en 2025, c'est accepter une certaine raideur, une silhouette qui refuse la fluidité post-pandémie. C'est un choix esthétique mais aussi idéologique : revenir à la contrainte formelle après trois ans de mollesse généralisée.

Bottega Veneta vend une sophistication accessible — accessible en termes de désirabilité, pas de prix. Blazy construit des vêtements qui fonctionnent dans la vie réelle tout en maintenant une exigence formelle. Ses pantalons peuvent entrer dans un taxi, monter un escalier, s'asseoir à table. Ils restent beaux après six heures de port. C'est du luxe pragmatique, une catégorie que la mode a longtemps méprisée mais que le marché réclame.

The Row refuse le jeu. Les Olsen ne participent pas aux cycles de tendance. Elles produisent des vêtements qui existent hors du temps — pas intemporels, une notion creuse, mais indifférents à la saison, à l'année, au moment. Leur pantalon de 2024 ressemble à leur pantalon de 2019. C'est voulu. C'est la proposition : acheter une fois, porter dix ans.

Le pantalon structuré n'est pas un détail. C'est un marqueur de ce que le luxe devient après la saturation logocentrique des années 2017–2022. Balenciaga, Bottega Veneta et The Row proposent trois réponses au même problème : comment vendre du vêtement cher à des clients fatigués du spectacle.

Demna choisit l'intensité formelle. Blazy choisit l'équilibre. Les Olsen choisissent la réduction.

Porter un pantalon taillé en 2025, c'est décider laquelle de ces trois philosophies correspond à la manière dont vous voulez occuper l'espace.