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## Le retour du volume maîtrisé

Aaliyah Diallo··3 min

Le retour du volume maîtrisé

Balenciaga a passé les trois dernières années à nous montrer ce qu'on pouvait faire avec l'exagération — des épaules qui débordaient du cadre, des jambes de pantalon assez larges pour abriter une deuxième personne, des proportions qui refusaient toute négociation avec le corps. Cette saison, quelque chose a changé. Pas un abandon, plutôt un recalibrage. Le volume reste, mais il obéit maintenant à une structure interne. Trois pièces racontent cette histoire.

La veste à taille marquée

La première chose qu'on remarque dans le défilé automne-hiver 2024 de Balenciaga, c'est que les vestes ont retrouvé une taille. Pas la taille cintrée des années 50, pas le blazer boyfriend des années 2010 — quelque chose entre les deux. Une veste qui tombe depuis l'épaule, qui suit la ligne du buste sans l'épouser, puis se resserre juste assez au niveau de la taille naturelle pour créer un point d'ancrage. Le volume existe toujours dans la manche, dans la largeur de l'épaule, mais il est contenu. Il a une limite.

C'est une rupture nette avec le sac oversize qui dominait les collections précédentes. Chez The Row cet hiver, on avait vu la même tension — des manteaux qui gardaient leur ampleur mais trouvaient un équilibre nouveau autour du corps. Chez Khaite, des blazers qui admettaient enfin qu'une femme a une cage thoracique et que ça peut être un point de départ, pas un problème à résoudre. Balenciaga arrive à cette conversation avec son propre vocabulaire, plus architectural, moins sentimental. La veste à taille marquée qu'ils proposent ne flatte pas — elle organise.

Ce qui rend la pièce praticable, c'est qu'elle fonctionne sur plusieurs registres. Avec un jean droit et des bottes plates, elle lit comme du workwear réinterprété. Avec une jupe crayon et des escarpins, elle devient formalwear sans effort. La polyvalence n'est pas le but — c'est un effet secondaire de la clarté structurelle.

Le pantalon à pli permanent

Le deuxième signal, c'est le retour du pli. Pas le pli décoratif, pas le pli qui disparaît après un pressing — le pli permanent, celui qui traverse toute la longueur de la jambe et refuse de bouger. Balenciaga les montre en laine peignée, en gabardine, en flanelle légère. La coupe est droite, parfois légèrement évasée à partir du genou, jamais slim. La taille est mid-rise, ce qui veut dire qu'elle se pose deux doigts sous le nombril et ne demande pas de ceinture pour tenir.

C'est un pantalon qui vient avec des règles. Il faut des chaussures à talon bas ou plat — des mocassins, des derbies, des ballerines si on sait ce qu'on fait. Il faut un ourlet qui effleure le dessus du pied, pas plus court. Il faut accepter qu'on ne peut pas le porter avec n'importe quoi en haut. Un t-shirt blanc rentré, oui. Un pull fin col rond, oui. Un crop top, non.

Prada avait ouvert cette porte il y a deux saisons avec des pantalons de costume portés bas sur la hanche, mais sans le pli. Jil Sander l'automne dernier avait proposé des pantalons à pli portés haut, mais dans des tissus plus souples qui autorisaient plus de mouvement. Balenciaga prend les deux idées et les durcit. Le pantalon qu'ils montrent a une rigidité voulue. Il ne se plie pas quand on s'assoit. Il garde sa forme.

Le sac rectangulaire rigide

Le troisième élément, c'est le sac. Pas un sac souple qui s'affaisse quand on le pose, pas un fourre-tout qui absorbe tout ce qu'on lui donne. Un sac rectangulaire avec une structure interne, des angles droits, une fermeture qui claque. Balenciaga les montre en cuir grainé, en box lisse, en croco embossé. Les dimensions sont précises: assez grand pour un ordinateur 13 pouces, pas assez pour un 15. Une bandoulière courte qui se porte à l'épaule ou au creux du coude, jamais en travers du corps.

C'est un retour à l'idée que le sac peut être un objet architectural plutôt qu'un accessoire fonctionnel qui se fait oublier. Bottega Veneta a travaillé cette idée pendant trois ans avec des formes de plus en plus géométriques. Loewe l'a abordée différemment avec des sacs qui jouent sur le pli et le drapé du cuir lui-même. Balenciaga choisit la ligne dure. Leur sac ne se négocie pas. Il occupe l'espace qu'il occupe.

Ce qui unit ces trois pièces, c'est qu'elles demandent toutes une forme de rigueur. On ne peut pas les porter à moitié. On ne peut pas les styler mollement. Elles imposent une discipline visuelle qui se lit immédiatement. Pour les douze prochains mois, s'habiller dans cette langue veut dire accepter que le vêtement ait son mot à dire.

## Le retour du volume maîtrisé