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## Le retour du volume sculpté

Keiko Tanaka··3 min

Le retour du volume sculpté

Balenciaga présente pour l'automne 2024 une silhouette en rupture : épaules étroites, torse ajusté, volume concentré aux hanches et aux cuisses. Le pantalon tombe droit à partir du genou. La ligne est architecturale sans être géométrique. C'est un corps redessiné, pas déguisé.

Demna Gvasalia n'invente pas cette proportion. Il la retire de l'archive — pas celle de Cristóbal, mais celle des années quatre-vingt-dix, quand Helmut Lang et Martin Margiela construisaient des vêtements autour de la hanche plutôt que de l'épaule. Ce qui change : Balenciaga travaille aujourd'hui avec des tissus techniques lourds, du néoprène doublé, du jersey compressé. Le volume tient sans armature. Il ne s'affaisse pas en fin de journée.

La concurrence directe vient de deux maisons qui partagent le même segment de prix et la même clientèle urbaine : Prada et Bottega Veneta.

Prada : la courbe en creux

Miuccia Prada et Raf Simons présentent en septembre 2024 une silhouette inverse. Les hanches disparaissent. Le pantalon est taille haute, étroit jusqu'à la cheville, souvent avec une pince marquée au genou. Le volume remonte : veste courte, épaule naturelle mais élargie par la coupe du revers. C'est une ligne en sablier, mais aplatie, presque bidimensionnelle.

Le tissu fait tout le travail. Prada utilise du mohair fin, de la laine peignée à 300 grammes, du coton mercerisé qui accroche la lumière. Les pièces sont légères. Elles se posent sur le corps sans le contraindre. Le mouvement vient de la marche, pas de la construction.

Là où Balenciaga impose une forme, Prada en suggère une. Le client doit tenir la posture. Le vêtement ne compense rien.

Bottega Veneta : l'effacement de la couture

Matthieu Blazy, pour Bottega Veneta hiver 2024, propose une troisième voie : ni volume ni ajustement, mais fluidité. Le pantalon est mi-large, taille médiane, tombant droit sans cassure. La veste est déstructurée, épaule tombante, souvent sans doublure visible. Tout semble découpé dans un seul morceau de tissu.

C'est un mensonge technique. Chaque pièce compte douze à quinze pièces de patron. Mais les coutures sont cachées — dans les plis, sous les bords roulés, le long des découpes biais. Blazy travaille avec des artisans qui maîtrisent l'assemblage invisible, une technique empruntée à la maroquinerie.

Le résultat : des vêtements qui ne montrent pas leur fabrication. Ils existent comme des surfaces continues. C'est l'opposé de Balenciaga, où chaque couture est un événement visuel.

Trois philosophies du vêtement construit

Ces trois maisons partagent un même refus : celui du vêtement décontracté, du sportswear détourné, de l'oversized sans intention. Elles reviennent toutes à la coupe. Mais elles ne coupent pas de la même manière.

Balenciaga construit un corps nouveau. Le vêtement porte le porteur. Il impose une démarche, un rythme, une présence dans l'espace. C'est une sculpture mobile. Le client accepte d'être transformé.

Prada dessine un contour. Le vêtement encadre le corps sans le modifier. Il demande une silhouette préexistante — ou du moins une conscience de sa propre forme. Le client doit savoir se tenir.

Bottega Veneta efface la médiation. Le vêtement se fait oublier tout en restant présent. Il ne transforme pas, ne cadre pas : il accompagne. Le client doit faire confiance au tissu.

Ce que cela signifie en pratique

Un pantalon Balenciaga automne 2024 se porte avec des bottes à talon cubique. Le volume aux cuisses exige un contrepoids au pied. Porter des baskets basses crée un déséquilibre visuel que la coupe ne corrige pas.

Un pantalon Prada de la même saison se porte avec des chaussures fines — derby, mocassin, bottine à semelle plate. Le volume est déjà concentré en haut. Ajouter du poids en bas casse la ligne.

Un pantalon Bottega Veneta accepte presque tout. La fluidité absorbe les contradictions. C'est le plus facile à porter, et peut-être le plus difficile à justifier.

Le choix pour les douze prochains mois

Porter du Balenciaga maintenant, c'est accepter que le vêtement parle avant vous. Porter du Prada, c'est affirmer que vous contrôlez votre propre image. Porter du Bottega Veneta, c'est parier sur la discrétion comme forme de luxe.

Les trois paris sont valables. Mais un seul correspond à la manière dont vous occupez une pièce quand vous y entrez.