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## Le trench retravaillé — et pourquoi Burberry reste seul dans cette conversation

Keiko Tanaka··3 min

Le trench retravaillé — et pourquoi Burberry reste seul dans cette conversation

Le trench coat quitte l'épaule. Pas au sens littéral — il tient toujours sur le corps — mais la ligne s'est déplacée. Chez Burberry, chez Prada, chez The Row, la silhouette qui dominait les défilés automne-hiver 2024 et les premières collections printemps 2025 est un trench déstructuré, sans épaulettes rigides, souvent porté ouvert, la ceinture nouée lâche ou abandonnée entièrement. Le volume est ailleurs : dans la manche raglan élargie, dans le dos qui tombe en plis mous, dans une longueur qui effleure le mollet plutôt que de s'arrêter au genou.

C'est une correction. Trois saisons durant, le trench était court, cintré, presque militaire. Maintenant il respire.

Burberry a présenté sa version en septembre à Londres. Daniel Lee a coupé les épaulettes et allongé la manche. Le gabardine reste — c'est le tissu de la maison depuis 1879 — mais le poids a changé. Moins de structure dans la toile intermédiaire, plus de mouvement quand le mannequin marche. La ceinture est là, mais elle pend. Certains modèles n'ont pas de col montant ; d'autres sont portés par-dessus un blazer, ce qui inverse la hiérarchie habituelle des couches.

Chez Prada, Miuccia Prada et Raf Simons ont montré un trench sans doublure en mars, pour la collection femme automne-hiver 2024. Le tissu est un nylon technique traité pour ressembler au coton ciré. Les coutures sont apparentes, les ourlets bruts. Il n'y a pas de patte de boutonnage — juste une rangée simple, asymétrique, qui ferme sur le côté. C'est un vêtement qui refuse d'être fonctionnel de la manière attendue. Il pleut, le trench est ouvert.

The Row a proposé quelque chose de différent mais adjacent. Leur version, montrée en février à Paris, est en laine double face, pas en gabardine. Pas de ceinture du tout. Les manches sont kimono, le dos est une seule pièce de tissu sans couture centrale. C'est un trench seulement dans la longueur et dans l'intention — un manteau qu'on porte pour marcher d'un endroit à un autre, sans cérémonie.

La différence entre ces trois approches est une question de mémoire. Burberry travaille à l'intérieur de son propre archive. Lee connaît le poids exact du gabardine utilisé en 1968, la largeur de la patte d'épaule en 1991, la hauteur du col en 2002. Il peut choisir de retirer un élément parce qu'il sait ce que cet élément faisait structurellement. Prada et The Row construisent à partir d'une idée du trench — l'objet culturel, pas l'objet technique. Elles peuvent se permettre d'ignorer la doublure ou la ceinture parce qu'elles n'ont jamais promis de fabriquer le trench. Elles fabriquent un trench.

Cela place Burberry dans une position difficile. La maison ne peut pas abandonner la gabardine sans abandonner son identité, mais elle ne peut pas non plus répéter la même coupe pendant cent quarante-cinq ans. Lee a choisi de garder le matériau et de changer la structure. C'est un pari : est-ce que le public reconnaît un trench Burberry à son tissu ou à sa silhouette ?

Les premières données de vente suggèrent que le tissu gagne. Les modèles déstructurés — ceux sans épaulettes, avec des manches raglan élargies — se vendent mieux que les versions classiques dans les boutiques de Tokyo, Paris et New York. Les acheteurs ne cherchent pas une réplique du trench de 1980. Ils veulent la reconnaissance du gabardine sans la rigidité de la forme historique.

Prada et The Row n'ont pas ce problème parce qu'elles n'ont pas cet héritage. Leur trench peut être en nylon, en laine, en coton non traité. Il peut fermer sur le côté ou ne pas fermer du tout. Personne ne leur demande de respecter un canon. Burberry, en revanche, doit négocier avec cent quarante-cinq ans de coupes archivées, de publicités, de films où des acteurs britanniques portent le même manteau sous la pluie.

Ce qui rend le travail de Lee intéressant, c'est qu'il ne rejette pas cet héritage. Il le déplie. Le trench sans épaulettes est toujours un trench Burberry — même les coutures sont positionnées aux mêmes endroits — mais il ne tient plus le corps de la même manière. C'est une question de poids distribué différemment. L'épaule ne porte plus la structure ; c'est le dos, la manche, le tombé du tissu qui fait le travail.

Porter un trench déstructuré pour les douze prochains mois signifie accepter qu'un vêtement puisse être reconnaissable sans être rigide, qu'une silhouette historique puisse bouger sans perdre son nom.

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