Livraison internationale offerte dès €300.
Bonjour Soir

## L'épaule droite

Aaliyah Diallo··3 min

L'épaule droite

Celine construit ses épaules différemment cette saison. L'épaule tombe droit depuis l'encolure, sans padding visible, sans rondeur eighties. La ligne descend nette, presque architecturale, puis se relâche au coude. Ce n'est pas la power shoulder qu'on a vue revenir partout ailleurs ces trois dernières années. C'est plus sec que ça. Plus strict.

La collection automne-hiver 2025 l'a posée clairement. Des blazers en laine grain de poudre avec une épaule qui arrive exactement là où l'os s'arrête. Pas de surplomb, pas d'effet cantilever. Juste une ligne verticale qui continue jusqu'au poignet. Les manteaux suivent la même logique — des redingotes en cachemire double-face, des trenchs en gabardine qui tombent comme des colonnes. L'effet est moins dramatique qu'architectural. On pense aux tailleurs Courrèges de 1965, à cette manière de traiter le corps comme un volume géométrique plutôt qu'une silhouette à amplifier.

Ce qui est intéressant, c'est que Celine arrive à cette épaule par la coupe, pas par la construction. Les vestes ne sont pas rembourrées. Il n'y a pas de têtes de manche rigides, pas de feutre inséré pour maintenir la forme. La structure vient du tombé du tissu lui-même — des laines serrées, des twills à armure dense qui ont assez de poids pour tenir une ligne sans renfort. C'est une approche technique qui demande un atelier capable de couper au millimètre. Une épaule mal positionnée de deux centimètres et toute la silhouette s'effondre.

La collection printemps-été 2026, présentée en septembre dernier, a poussé le principe plus loin. Des chemises en popeline avec une emmanchure haute, presque montante, qui crée cette même verticalité sans la rigidité d'un blazer. Des robes-manteaux en lin lavé où l'épaule reste nette même dans un tissu qui devrait naturellement s'affaisser. Hedi Slimane travaille cette ligne depuis son retour chez Celine en 2018, mais elle devient plus affirmée maintenant. Moins rock, plus couture.

On la retrouve aussi dans les pièces en cuir. Les blousons aviateur de la collection homme automne-hiver 2025 ont cette même épaule tombante, cette construction minimale qui fait que le vêtement ressemble presque à du prêt-à-porter industriel — sauf que la précision de la coupe trahit l'atelier. C'est un équilibre difficile à tenir. Trop construit et ça devient costume. Pas assez et ça devient informe.

La silhouette qui en résulte est étroite sans être serrée. Les vestes se portent fermées, souvent sans rien dessous ou avec un simple débardeur en jersey. Les proportions sont longues — les blazers arrivent à mi-cuisse, les manteaux descendent sous le genou. Les pantalons qui les accompagnent sont taille haute, coupe droite, jambe qui effleure la chaussure sans casser. L'ensemble crée une ligne continue de l'épaule au sol. C'est une silhouette qui demande de la tenue, au sens littéral. Pas d'affalement possible.

Cette épaule droite marque un tournement par rapport à ce qu'on a vu ces dernières saisons ailleurs. Bottega Veneta a travaillé l'épaule ronde, presque Renaissance. The Row continue avec son épaule tombante, délibérément non structurée. Khaite pousse l'épaule eighties, large et rembourrée. Celine prend une troisième voie — ni vintage ni déconstructionniste. Juste une ligne verticale, nette, qui refuse l'emphase.

Ce qui rend cette approche pertinente maintenant, c'est qu'elle répond à une fatigue vis-à-vis du spectaculaire. Après des années de silhouettes statement — l'oversized extrême, le padding maximaliste, les volumes exagérés — cette épaule droite propose quelque chose de plus mesuré. Elle a de la présence sans avoir besoin de crier. Elle structure sans contraindre.

La question pour les douze prochains mois est de savoir si cette ligne va tenir face au retour annoncé du soft tailoring, des vestes non structurées qui commencent à réapparaître chez Loro Piana et Brunello Cucinelli. L'épaule droite demande une certaine rigueur dans la façon de s'habiller — elle ne pardonne pas le laisser-aller. Elle suppose qu'on accepte une forme de formalité, même dans des pièces qui ne sont pas formelles au sens traditionnel.

Pour l'instant, Celine tient la ligne. Les collections pre-fall 2026 continuent dans cette direction — des vestes en tweed avec cette même épaule nette, des manteaux en poil de chameau qui maintiennent la verticalité. C'est une silhouette qui demande qu'on se tienne droit, qu'on habite le vêtement plutôt que de le porter. Dans un moment où beaucoup de mode penche vers le confort et le relâchement, c'est un choix qui va à contre-courant — et qui, pour cette raison même, mérite qu'on y prête attention.

S'habiller dans cette ligne pour l'année qui vient, c'est accepter que la structure puisse venir de la coupe plutôt que du rembourrage, et que la présence n'a pas besoin d'être bruyante pour être réelle.

Lire et acheter · Celine