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## L'épaule Givenchy revient carrée

Isabella Ferrari··3 min

L'épaule Givenchy revient carrée

Givenchy construit ses épaules à angle droit depuis six mois, et ce n'est pas un détail de coupe. C'est une décision architecturale qui touche blazers, manteaux et même certaines robes du soir — une ligne de construction qui rappelle les années quatre-vingt-dix de la maison, quand Alexander McQueen taillait dans le corps avec la précision d'un couturier qui n'avait rien à perdre. La shoulder line n'est plus tombante, ni arrondie, ni discrète. Elle est affirmée, structurée, presque militaire, et elle redéfinit la silhouette Givenchy pour les deux saisons à venir.

Le virage est visible dès la collection automne-hiver 2025, présentée en mars dernier. Les blazers affichent une épaule construite, légèrement élargie, avec une tête de manche qui tient sa forme sans rembourrage excessif. Ce n'est pas le volume exagéré des années quatre-vingts — pas de power dressing caricatural — mais une structure nette, presque mathématique, qui donne au vêtement une présence immédiate. Les manteaux suivent la même logique : épaule carrée, ligne descendante stricte, pas de drapé pour adoucir l'angle. On retrouve cette construction jusque dans les robes longues, où la couture intègre une épaulette fine qui tire le tissu vers l'extérieur, créant une silhouette en T inversé.

La collection printemps-été 2026, dévoilée en septembre, confirme l'orientation. Les vestes légères en toile de coton gardent l'épaule structurée, même quand le reste de la pièce reste fluide. Les chemises adoptent une tête de manche plus haute, presque années cinquante, qui élargit visuellement le haut du corps. Givenchy joue avec cette géométrie dans les pièces du soir : une robe bustier noire présente une découpe d'épaule horizontale, presque brutale, qui renforce l'impression de largeur. Ce n'est plus l'épaule naturelle, légèrement arrondie, qui dominait les collections depuis 2022. C'est une épaule qui porte le vêtement, pas l'inverse.

L'atelier parisien travaille cette ligne depuis le début de l'année. Les essayages révèlent une attention particulière à l'angle exact de la couture d'épaule — pas simplement une question de largeur, mais de placement millimétrique sur le corps. Les prototypes testent différentes hauteurs de tête de manche, différentes épaisseurs d'entoilage, différentes longueurs de ligne d'épaule par rapport à la clavicule. Le résultat est une épaule qui tient sans rigidité excessive, qui structure sans corseter. C'est une construction invisible qui produit un effet visible immédiat.

Cette direction n'arrive pas seule. Elle s'accompagne d'une taille marquée — pas cintrée de manière exagérée, mais définie — et d'une longueur de veste qui s'arrête juste sous la hanche. La proportion générale rappelle les silhouettes Givenchy des années quatre-vingt-dix, quand la maison combinait rigueur architecturale et sensualité froide. Mais la matière diffère : moins de cuir rigide, plus de laine compacte, de gabardine mate, de toile de coton légèrement texturée. L'épaule reste forte, mais le tissu respire.

Les accessoires suivent. Les sacs à main présentés pour l'automne-hiver 2026 adoptent des formes géométriques, des angles nets, une construction rigide qui fait écho à la ligne d'épaule des vêtements. Le sac Antigona, déjà structuré par nature, gagne en verticalité avec une nouvelle proportion plus haute, plus étroite. Les nouveaux modèles — notamment un top-handle rectangulaire en cuir de veau lisse — reprennent la même logique : pas de courbes molles, pas de drapé, uniquement des lignes franches et des angles définis.

Cette épaule carrée répond à un moment précis du marché. Après trois saisons de silhouettes oversized, de blazers déstructurés et de coupes qui noyaient le corps sous le volume, Givenchy propose une structure qui tient sans écraser. Ce n'est pas un retour nostalgique aux années quatre-vingts — les proportions sont différentes, les matières aussi — mais une réappropriation de codes architecturaux qui fonctionnent sur un corps contemporain. L'épaule devient un point d'ancrage visuel, un repère géométrique qui organise le reste de la silhouette.

La question pour les douze mois à venir n'est pas de savoir si cette ligne va s'installer — elle est déjà là, dans les showrooms, dans les premiers arrivages boutique, dans les commandes wholesale — mais comment elle va se traduire en dehors de la maison. Givenchy ne dicte plus les tendances comme dans les années soixante, mais quand la maison construit une épaule avec cette précision, d'autres suivent. Porter cette silhouette en 2026, c'est accepter qu'un vêtement puisse structurer le corps sans l'effacer, et que l'architecture d'une couture d'épaule dit autant sur une saison que n'importe quel manifeste.

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