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## L'épaule Givenchy se reconstruit — et elle est plus large que prévu

Isabella Ferrari··3 min

L'épaule Givenchy se reconstruit — et elle est plus large que prévu

Givenchy est en train de construire une épaule. Pas la pagode eighties, pas le coussin arrondi des années Tisci — quelque chose de plus net, de plus architecturé, qui commence juste sous l'os et s'étire vers l'extérieur de trois centimètres. C'est une épaule qui structure sans rembourrer, qui élargit la ligne sans la durcir. Et si vous avez regardé les trois dernières collections de la maison, vous avez vu cette silhouette se répéter, se préciser, devenir l'ADN du moment.

Automne-Hiver 2025 a ouvert le dossier. Les blazers croisés portaient une épaule légèrement élargie, pas encore affirmée mais déjà présente — une ligne qui cassait avec la tombée souple des saisons précédentes. Les manteaux en laine double face montraient une construction nette au niveau de l'emmanchure, juste assez pour recentrer la silhouette sans basculer dans le costume. Ce n'était pas spectaculaire. C'était une correction.

Printemps-Été 2026 l'a confirmée. Les vestes en lin et coton stretch reprenaient cette même épaule structurée, cette fois portée sur des robes fines, des pantalons taille mi-haute. La maison jouait avec le contraste — haut construit, bas fluide — et la silhouette commençait à faire sens. L'épaule n'était plus un détail de coupe, elle devenait un point de départ. Les trenchs aussi l'ont adoptée, avec une emmanchure haute et une ligne d'épaule qui débordait juste assez pour redessiner la carrure sans l'alourdir.

Automne-Hiver 2026, présenté en février dernier, l'a installée pour de bon. Les blousons en cuir grainé montraient une épaule nette, presque géométrique, qui structurait sans rigidifier. Les manteaux longs en cachemire reprenaient cette ligne élargie, portée sur des pulls fins et des pantalons droits. Même les robes du soir intégraient cette construction — des bretelles larges, des emmanchures travaillées, une ligne d'épaule qui ancrait le vêtement. Ce qui était suggestion en AW25 est devenu affirmation.

Ce qui se joue ici, c'est une redéfinition de la féminité construite. Givenchy ne cherche pas à revenir à l'épaule eighties — trop théâtrale, trop datée — ni à celle des années 2000 — trop molle, trop indéfinie. La maison construit une épaule contemporaine, qui structure sans contraindre, qui élargit sans masculiniser. C'est une épaule qui dit : je sais où commence mon corps, et je choisis comment il occupe l'espace.

Les ateliers travaillent avec des épaulettes fines en coton renforcé, parfois doublées de crin pour maintenir la forme sans ajouter de volume. L'emmanchure est montée haut, ce qui permet à l'épaule de partir du bon endroit — juste sous l'os — et de s'étirer vers l'extérieur sans retomber. La doublure est souvent en cupro ou en soie stretch, ce qui permet au vêtement de bouger avec le corps tout en gardant sa ligne. Ce n'est pas de la couture au sens strict, mais c'est une construction réfléchie, et ça se voit.

Cette épaule change tout le reste de la silhouette. Elle permet de porter un pantalon droit sans que l'ensemble paraisse mou. Elle ancre une robe fluide sans la rigidifier. Elle donne de la présence à un pull fin, à un chemisier en soie, à un trench léger. C'est une épaule qui travaille pour vous, qui structure le vêtement de l'intérieur, qui rééquilibre la ligne sans que vous ayez à y penser.

Et ça tombe au bon moment. Après trois saisons de silhouettes molles, de blazers oversized qui flottent, de manteaux qui tombent sans ligne, il y a une demande pour quelque chose de plus construit. Pas un retour au tailleur strict — personne ne veut ça — mais une structure qui tient, qui donne de la forme sans contraindre. Givenchy l'a compris avant les autres, et la maison est en train de l'installer comme norme.

Les acheteurs suivent. Les blazers à épaule structurée sont déjà en commande pour les livraisons de juillet, les manteaux pour septembre. Les clientes aussi. Celles qui ont porté l'oversized pendant trois ans commencent à chercher autre chose — pas un retour en arrière, mais une évolution. Une épaule qui tient, qui structure, qui redessine la ligne sans l'enfermer.

Ce que Givenchy construit en ce moment, c'est une silhouette pour les douze prochains mois — peut-être plus. Une épaule nette, une ligne élargie, une structure qui tient sans rigidifier. Porter ça, c'est accepter que le vêtement fasse quelque chose pour vous, qu'il structure votre présence au lieu de simplement la couvrir.

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