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## Trois pièces, une lecture : ce qui se passe chez Prada cette saison

Aaliyah Diallo··4 min

Trois pièces, une lecture : ce qui se passe chez Prada cette saison

Prada a montré trois choses en février qui méritent qu'on s'y attarde : un manteau structuré à épaules carrées, une jupe mi-mollet à plis plats, et une sandale fermée à bride unique. Pas de révolution, pas de manifeste. Juste une recalibration nette de la silhouette — plus haute à la taille, plus construite aux épaules, plus couverte aux pieds. Ce n'est pas un retour aux années quatre-vingt-dix, même si la référence est là. C'est autre chose : une manière de porter le corps qui demande qu'on se tienne autrement.

Le manteau d'abord. Épaules définies, longueur sous le genou, pas de ceinture. Prada l'a montré en laine grain de poudre noire, puis en gabardine sable, puis en nylon technique doublé d'un foulard imprimé qui dépasse au col. La coupe est droite, presque masculine, mais le volume est calibré pour le mouvement — pas de raideur, juste de la présence. C'est un vêtement qui structure ce qu'on porte en dessous sans l'écraser. On l'a vu aussi chez The Row en septembre, dans une version encore plus épurée, et chez Jil Sander en octobre, où il était porté sur un pantalon large et une chemise blanche boutonnée jusqu'en haut. Mais chez Prada, il y a toujours cette tension entre le formel et le fonctionnel — le manteau peut aller au bureau, à un dîner, dans le métro. Il ne demande rien d'autre que d'être porté.

La jupe ensuite. Mi-mollet, plis plats qui partent de la taille, tombé net. Pas de fluidité, pas de mouvement excessif. Prada l'a montrée en popeline blanche, en laine prince-de-galles, en cuir grainé bordeaux. Elle se porte avec un pull fin rentré à la taille ou une chemise à col rond. L'important, c'est la longueur : assez longue pour couvrir le genou, assez courte pour qu'on voie la cheville. C'est une ligne qu'on a vue disparaître pendant trois saisons au profit du maxi et du mini, et son retour change la proportion de tout le reste. Chez Bottega Veneta en septembre, Daniel Lee avait déjà proposé une version similaire, mais plus souple, en cuir lavé. Chez Prada, c'est plus sec, plus architecturé. La jupe ne bouge pas avec vous — vous bougez avec elle.

Les sandales enfin. Fermées, bride unique qui traverse le cou-de-pied, talon carré de cinq centimètres, bout rond. Pas de minimalisme extrême, pas de référence sportive. Prada les a montrées en cuir noir mat, en satin ivoire, en daim camel. Ce qui frappe, c'est la couverture : le pied est presque entièrement caché, mais la cheville reste visible. C'est une manière de porter la chaussure qui demande une certaine retenue — pas de pédicure nécessaire, pas de peau exposée, juste une ligne nette entre le bas du pantalon ou de la jupe et le sol. On retrouve cette même logique chez Hermès cette saison, où les sandales fermées remplacent les mules ouvertes qui dominaient depuis deux ans. Chez Prada, c'est cohérent avec le reste de la collection : tout est un peu plus construit, un peu plus contenu.

Ce qui lie ces trois pièces, c'est une certaine idée de la tenue. Pas au sens moral, mais au sens littéral : tenir. Le manteau tient les épaules. La jupe tient la taille. La sandale tient le pied. Il y a une rigueur là-dedans qui n'est pas austère, juste précise. Miuccia Prada et Raf Simons ont toujours travaillé avec cette tension entre le contrôle et la liberté, mais cette saison, le contrôle l'emporte. Ce n'est pas une mauvaise chose. Après trois ans de vêtements qui glissent, qui tombent, qui s'ouvrent, il y a quelque chose de rassurant dans une silhouette qui se tient.

Le reste de la collection suit cette logique : des chemises boutonnées haut, des pantalons à pinces, des pulls fins rentrés dans la taille. Pas de superposition excessive, pas de volume pour le volume. Chaque pièce a son rôle, et elles ne se marchent pas dessus. C'est une garde-robe qui demande qu'on fasse des choix — pas quinze accessoires, pas trois couches, juste ce qu'il faut. Prada a toujours été doué pour ça : proposer des vêtements qui ont l'air simples mais qui demandent une certaine discipline pour être portés correctement.

Ce qui se passe chez Prada cette saison, c'est une clarification. Pas un retour en arrière, pas une nostalgie déguisée, juste une manière de dire : voilà ce qui fonctionne maintenant. Le manteau structuré, la jupe mi-mollet, la sandale fermée. Trois pièces qui redéfinissent la silhouette sans faire de bruit. Trois pièces qui demandent qu'on se tienne un peu plus droit. Trois pièces qui, portées ensemble ou séparément, changent la manière dont on occupe l'espace.

S'habiller dans cette direction pour les douze prochains mois, c'est accepter qu'il y ait moins de place pour l'improvisation — et peut-être que c'est exactement ce dont on a besoin.