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## Trois pièces, une lecture

Keiko Tanaka··3 min

Trois pièces, une lecture

Bottega Veneta retire la texture. Ce qui reste est la ligne.

La collection automne-hiver 2024, présentée en février à Milan, marque un pivot silencieux. Matthieu Blazy, directeur artistique depuis 2021, a passé deux ans à construire un vocabulaire autour du cuir froncé, des mailles déstructurées, du volume organique. Cette saison, il ferme ce chapitre. Les trois pièces qui définissent la proposition — un pantalon taille haute à pinces, une veste chemise en cuir lisse, un sac plat sans poignée — partagent une même discipline : l'élimination.

Le pantalon d'abord. Taille haute, ceinture fine, jambe droite qui tombe sans évasement. La pince est marquée, presque dure. C'est un retour au tailleur comme infrastructure, pas comme citation. Blazy coupe dans un lainage compact, parfois un cuir mat qui se comporte comme du coton. La silhouette est celle des années quatre-vingt-dix, mais sans la nostalgie — il n'y a pas de référence à Helmut Lang ou Jil Sander, seulement l'usage de la même géométrie. Ce pantalon remplace le slouch des trois dernières saisons. Il demande une posture.

La veste chemise suit la même logique. Cuir lisse, épaules naturelles, boutonnage invisible. Pas de col cassé, pas de revers. La ligne est celle d'une chemise d'homme agrandie jusqu'à devenir une pièce d'extérieur. Le cuir est traité pour perdre son grain — il devient une surface plane, presque papier. C'est une inversion du savoir-faire attendu de Bottega Veneta. Là où la maison a construit sa réputation sur l'intrecciato, le tissage qui donne du relief, Blazy propose maintenant une peau sans histoire visible. La veste existe en noir, en brun foncé, en gris pierre. Elle se porte fermée.

Le sac est un rectangle. Quinze centimètres sur vingt-cinq, pas de poignée, pas de bandoulière. Il se tient à la main ou se glisse sous le bras. C'est une enveloppe rigide en cuir box, fermée par un rabat aimanté. Pas de logo, pas de détail décoratif. La seule signature est la proportion — légèrement plus large que haute, avec des bords nets. Ce format rappelle les pochettes d'architecte des années soixante-dix, mais sans référence directe. C'est un objet qui impose une limite : vous ne pouvez pas tout porter. Cette contrainte est la proposition.

Ces trois pièces apparaissent ensemble dans huit des trente-deux passages du défilé. Elles forment une grammaire. Le reste de la collection — les robes longues en maille fine, les manteaux à col montant, les bottes plates — gravite autour de cette syntaxe. Blazy ne construit pas une collection autour d'un thème. Il pose des règles formelles, puis travaille à l'intérieur de ces règles.

Ce mouvement n'est pas isolé. Chez The Row, la collection automne-hiver 2024 montre le même refus du volume décoratif. Les sœurs Olsen coupent des pantalons à pinces dans du cachemire compact, des vestes sans col en cuir tanné végétal. Chez Lemaire, Christophe Lemaire présente des chemises-vestes en coton ciré, des pantalons droits à taille haute, des sacs rectangulaires sans ornement. La convergence n'est pas une copie — c'est une réponse à la même question : comment construire une garde-robe qui résiste à l'accélération.

Phoebe Philo, dans sa première collection indépendante lancée en octobre 2023, propose une version plus radicale de cette discipline. Ses pantalons sont coupés dans des lainages techniques sans doublure, ses vestes sont des rectangles cousus avec des coutures apparentes. Le prix — jusqu'à 4 800 € pour un pantalon — transforme la contrainte formelle en déclaration économique. Bottega Veneta reste dans un registre plus accessible : 1 900 € pour le pantalon en laine, 3 400 € pour la veste en cuir, 2 100 € pour le sac plat.

La différence entre Blazy et ses contemporains est une question de main. Là où The Row privilégie la douceur, où Lemaire cherche le tombé fluide, Bottega Veneta sous Blazy maintient une certaine résistance. Le cuir ne se plie pas facilement. Le lainage garde sa structure. Les pièces ne s'adaptent pas au corps — elles demandent au corps de s'adapter à elles. C'est une proposition qui suppose une certaine confiance.

Ce que Blazy retire cette saison — la texture, le volume, le détail — est ce qui a défini Bottega Veneta pendant quinze ans. Sous Tomas Maier, directeur artistique de 2001 à 2018, la maison a construit son identité sur la discrétion luxueuse : l'intrecciato comme signature silencieuse, les couleurs sourdes, le refus du logo. Sous Daniel Lee, de 2018 à 2021, cette discrétion est devenue expérimentale : cuirs froissés, volumes exagérés, couleurs acides. Blazy hérite de cette énergie mais la discipline. Il garde l'expérimentation dans la construction — les coutures déplacées, les proportions légèrement fausses — mais retire l'excès visuel.

Porter ces trois pièces pour les douze prochains mois signifie accepter que l'élégance n'est pas un effet mais une contrainte choisie.

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