Livraison internationale offerte dès €300.
Bonjour Soir

## Trois pièces, une lecture

Isabella Ferrari··3 min

Trois pièces, une lecture

Fendi est en train de faire quelque chose qu'on n'attendait plus d'une maison romaine en 2025 : elle ralentit. Pas le calendrier — celui-là reste implacable — mais le vêtement lui-même. La saison actuelle tourne autour de trois pièces qui demandent du temps : un manteau en shearling retourné porté sur l'épaule, une jupe plissée en cuir traité comme du tissu, et un sac baguette restructuré avec une bandoulière courte qui impose une tenue droite. Ce ne sont pas des nouveautés au sens strict. Ce sont des révisions, et les révisions coûtent plus cher à produire que les nouveautés.

Le manteau d'abord. Fendi l'a montré en shearling retourné — peau de mouton dont le côté laine reste à l'intérieur, la surface extérieure lisse et mate. C'est une technique qu'on associe généralement aux blousons d'aviateur, mais ici le volume est celui d'un manteau d'homme des années soixante-dix, épaules naturelles, revers larges, tombé droit. Il pèse. On le porte sur une épaule ou sur les deux, jamais ouvert en mouvement. Ce n'est pas un vêtement de transition. C'est un vêtement d'arrivée.

La jupe plissée en cuir suit une logique voisine. Fendi utilise une agneau nappa traité pour accepter le plissage permanent — un procédé qui demande des ajustements de température et de pression qu'on réserve d'habitude aux synthétiques ou à la soie. Le résultat tient du textile plus que de la maroquinerie : la jupe bouge, se froisse légèrement, retrouve sa forme. Elle se porte mi-mollet, avec des boots plates ou des escarpins à talon carré, jamais avec des baskets. Fendi n'a pas eu besoin de le préciser dans le lookbook. La coupe le dit toute seule.

Le sac baguette revient, encore, mais cette fois avec une bandoulière raccourcie de six centimètres par rapport à la version des années 2000. Portée sous le bras, elle force une posture : épaules en arrière, coude près du corps. C'est un ajustement minimal qui change tout. Le sac ne pend plus, il se tient. La bandoulière courte n'est pas pratique au sens où on l'entend depuis dix ans — elle ne libère pas les mains, elle ne traverse pas le corps. Elle impose une façon de marcher.

Ces trois pièces partagent une contrainte : elles ne fonctionnent qu'à vitesse réduite. On ne court pas dans un manteau en shearling de quatre kilos. On ne plie pas une jupe en cuir plissé dans un sac de voyage. On ne porte pas un baguette à bandoulière courte en vélo. Fendi mise sur le fait qu'une partie de sa clientèle ne fait aucune de ces choses, ou du moins pas dans les vêtements qu'elle achète chez Fendi.

Ce ralentissement n'est pas isolé. On le retrouve chez Loro Piana, où les manteaux en laine double face de cette saison tombent jusqu'à mi-cuisse et pèsent assez lourd pour qu'on les sente sur les épaules. Chez Hermès, les sacs Herbag et Picotin — des formes qu'on pouvait autrefois porter en bandoulière — reviennent en version portée main uniquement. Même chez The Row, les manteaux de la collection automne-hiver sont coupés pour être portés fermés, pas jetés sur les épaules en sortant d'un taxi.

Fendi ne théorise pas ce changement. Il n'y a pas de manifeste, pas de note de collection qui parle de "retrouver le temps" ou de "ralentir le rythme". Il y a juste un manteau qui pèse, une jupe qui ne se plie pas, un sac qui demande une posture. Le reste, c'est au client de le comprendre ou de passer à autre chose.

Ce qui est intéressant, c'est que ces pièces ne s'adressent pas à une cliente qui a déjà ralenti. Elles s'adressent à celle qui pourrait. Le manteau en shearling coûte quatre mille euros. La jupe plissée, mille huit cents. Le baguette, deux mille deux cents. Ce sont des prix qui supposent un certain niveau de vie, mais pas nécessairement du temps libre. Fendi parie sur le fait qu'une partie de sa clientèle cherche des vêtements qui imposent une pause, même si cette pause ne dure que le temps de traverser un hall d'hôtel ou de prendre un café.

La question n'est pas de savoir si ce ralentissement va devenir une tendance générale. Il ne le deviendra probablement pas. Mais pour les douze prochains mois, s'habiller dans cette direction signifie choisir des pièces qui résistent à l'accélération — pas par nostalgie, mais par structure.

Lire et acheter · Fendi