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## Trois pièces, une lecture

Keiko Tanaka··3 min

Trois pièces, une lecture

Dolce & Gabbana a présenté pour l'automne-hiver 2025 un tailleur à épaule construite, une jupe crayon en brocart lourd, et une robe fourreau en dentelle noire doublée chair. Les trois pièces occupent le même registre : structure visible, silhouette étroite, ligne de taille marquée. Ce n'est pas un retour. C'est une insistance.

La maison n'a jamais quitté ce territoire — c'est le reste de l'industrie qui l'a abandonné. Pendant que Paris déstructurait l'épaule et que Milan élargissait le pantalon, Dolce & Gabbana maintenait la ligne de 1995. Le tailleur actuel est presque identique à celui de la collection printemps-été 1996 : revers crantés, boutons hauts, taille cintrée à l'ancienne. La différence tient dans l'ampleur de la manche, légèrement réduite, et dans le poids du tissu — un grain de poudre italien à 340 grammes au mètre, plus dense que ce que l'on trouve ailleurs cette saison.

L'épaule est construite avec une tête de manche montée, pas un raglan. La couture tombe à un centimètre et demi au-delà de l'os. C'est une épaule des années 1980, mais portée sur un corps de 2025. Le résultat est étrange au premier regard — trop net, trop défini — puis familier après trente secondes. Ce qui semblait daté devient simplement précis.

La jupe crayon mesure soixante-trois centimètres de long, tombant juste sous le genou. Elle est taillée dans un brocart jacquard avec un motif baroque en relief, doublée de taffetas noir. La fente arrière monte à vingt centimètres. C'est une jupe qui impose une démarche — pas courte, pas longue, pas fluide. On ne peut pas courir dedans. On ne peut pas s'asseoir sans ajuster le tissu. C'est délibéré.

Chez Bottega Veneta, Matthieu Blazy a proposé pour la même saison une jupe longue en jersey stretch qui se plie dans une poche. Chez The Row, une jupe plissée en laine fine qui tombe sans marquer la hanche. Chez Khaite, une jupe portefeuille en cachemire qui s'ouvre en marchant. Toutes ces jupes offrent du mouvement. La jupe Dolce & Gabbana offre de la résistance.

La robe fourreau en dentelle noire suit la même logique. Doublée d'un jersey couleur chair, elle révèle le motif sans révéler la peau directement. La dentelle est une Chantilly mécanique, pas une guipure. Le résultat est une surface mate, presque graphique. La robe se ferme par une glissière invisible dans le dos et tombe droit jusqu'à mi-mollet. Pas de découpe, pas de couture décorative, pas de volant. La construction est simple, mais le corps doit porter le vêtement — le vêtement ne porte pas le corps.

C'est ce dernier point qui définit la proposition Dolce & Gabbana pour cette saison. Les trois pièces demandent une posture. Le tailleur exige des épaules droites. La jupe impose une démarche mesurée. La robe nécessite une certaine immobilité. Ce ne sont pas des vêtements pour se fondre dans l'environnement ou pour se sentir à l'aise immédiatement. Ce sont des vêtements pour occuper l'espace.

On retrouve cette tension ailleurs. Chez Gucci, Sabato De Sarno a montré des tailleurs à taille haute et des robes ajustées en crêpe lourd. Chez Saint Laurent, Anthony Vaccarello a proposé des smokings féminins avec une épaule structurée et une taille serrée. Même chez Prada, où Miuccia Prada et Raf Simons travaillent habituellement dans la déconstruction, on a vu des manteaux à col tailleur et des jupes droites en laine compacte. La silhouette se resserre.

Mais Dolce & Gabbana va plus loin. Là où Saint Laurent propose une épaule construite sur un pantalon large, Dolce & Gabbana construit l'épaule et resserre la jupe. Là où Gucci ajuste la taille mais laisse de l'aisance dans la manche, Dolce & Gabbana ajuste tout. Il n'y a pas de respiration dans la silhouette. C'est une proposition maximale.

La question n'est pas de savoir si c'est portable. C'est portable — des femmes portent ces vêtements depuis trente ans. La question est de savoir ce que cela signifie de choisir cette silhouette maintenant, alors que le reste de l'industrie propose de l'aisance, du mouvement, du confort technique. Porter un tailleur Dolce & Gabbana en 2025, c'est refuser l'idée que le vêtement doit s'adapter au rythme de la journée. C'est imposer un rythme différent.

Le tailleur, la jupe, la robe : trois pièces qui occupent l'espace avant de s'y fondre, qui demandent une posture avant d'offrir du confort. S'habiller ainsi pour les douze prochains mois, c'est accepter que le vêtement soit une contrainte choisie, pas une seconde peau.

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