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## Trois pièces, une lecture

Keiko Tanaka··3 min

Trois pièces, une lecture

Gucci est en train de réduire la surface. Les silhouettes de la saison actuelle — automne-hiver 2024, sous la direction de Sabato De Sarno — ne cherchent plus à occuper l'espace. Elles le traversent. Trois pièces suffisent pour comprendre ce qui se passe : un pantalon à pince taille moyenne, une chemise en popeline blanche avec col classique, et une veste courte en cuir sans doublure apparente. Ce n'est pas un retour. C'est une réduction.

Le pantalon d'abord. Taille moyenne signifie que la ceinture repose à deux centimètres au-dessus de l'os iliaque. Pas de taille basse, pas de taille haute marquée. La jambe est droite sans être large, avec une cassure nette sur l'empeigne. Le tissu est une laine peignée de poids moyen — assez structurée pour tenir la pince, assez souple pour ne pas crier. Gucci propose ce pantalon en anthracite, en bleu marine, en camel. Trois couleurs. Pas de motifs. La pince est cousue, pas repassée. Elle ne disparaît pas après un nettoyage.

Ce type de pantalon a disparu des podiums pendant près de six saisons. Entre 2019 et 2023, la coupe dominante était soit le pantalon palazzo à taille élastique, soit le jean baggy descendu sur les hanches. Les deux silhouettes occupaient beaucoup de volume. Elles nécessitaient de l'espace autour du corps. Le pantalon à pince de Gucci fait le contraire. Il suit la jambe. Il ne cache rien et ne révèle rien. Il est présent sans être remarqué.

La chemise blanche suit la même logique. Popeline de coton, tissage serré, col italien de hauteur standard — sept centimètres à l'arrière. Pas de col mao, pas de col officier, pas de col évasé. Le col se ferme avec un bouton. La chemise se porte rentrée dans le pantalon. Les manches sont longues et se terminent à l'os du poignet. Gucci la propose avec une coupe ajustée mais pas cintrée. La couture d'épaule tombe exactement sur l'os de l'épaule. C'est une chemise qui pourrait avoir été portée en 1997 ou en 2007. Elle ne porte pas de date.

Cette pièce est apparue chez Loro Piana pour la saison printemps-été 2024, chez The Row depuis quatre ans, et maintenant chez Gucci. La différence est dans le col. Loro Piana utilise un col boutonné. The Row préfère un col rond sans structure. Gucci garde le col italien classique, celui qui nécessite une cravate ou qui reste ouvert sur deux boutons. C'est un choix de formalité, pas de décontraction.

La troisième pièce est une veste courte en cuir. Longueur à la taille, sans doublure visible, fermeture éclair centrale. Le cuir est un agneau plongé, surface mate, épaisseur d'un millimètre et demi. Pas de détails — pas de poches zippées, pas de bandes contrastées, pas de surpiqûres décoratives. La veste se porte sur la chemise blanche ou directement sur la peau. Elle ne fait pas de bruit quand on bouge. Le cuir est assez souple pour se plier sans marquer.

Ce type de veste est différent du blouson aviateur qui dominait les collections masculines et féminines entre 2020 et 2023. Le blouson aviateur avait du volume au niveau des épaules, une taille élastique, souvent une doublure en satin orange. La veste de Gucci n'a pas de taille marquée. Elle tombe droit. Elle ne crée pas de forme. Elle suit celle qui existe déjà.

Ces trois pièces ensemble forment une silhouette qui ne cherche pas l'attention. Elles ne proposent pas de nouveauté visible. Elles réduisent. Elles éliminent. Ce qui reste est une ligne droite du col à la cheville, interrompue seulement par la ceinture du pantalon. Pas de volume, pas de drapé, pas de jeu entre le corps et le vêtement. Le vêtement est contre le corps sans le serrer.

Cette direction n'est pas isolée. Bottega Veneta sous Matthieu Blazy a montré des pantalons similaires pour automne-hiver 2024. Jil Sander propose depuis trois saisons des chemises blanches avec le même col. Hermès a présenté des vestes en cuir courtes pour printemps-été 2024. Mais Gucci arrive avec un poids différent. La maison sort de quinze ans de maximalisme — d'abord sous Alessandro Michele, puis en transition. Ce que De Sarno propose n'est pas un nettoyage. C'est une reconstruction à partir de trois formes de base.

La question n'est pas de savoir si cette silhouette va durer. Elle dure déjà depuis deux ans chez d'autres maisons. La question est de savoir ce que cela signifie quand une maison comme Gucci — qui a défini une ère par l'accumulation — choisit la soustraction. Porter ces trois pièces pour les douze prochains mois signifie accepter que la surface visible du vêtement n'est plus le site de l'expression.

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