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## Trois pièces, une lecture

Keiko Tanaka··3 min

Trois pièces, une lecture

Loewe vend désormais des chaussures qui pèsent moins que l'air autour d'elles. Des sacs qui se portent comme des sculptures molles. Des manteaux dont la structure vient du vide, pas de l'entoilage. Ce n'est pas une direction nouvelle — Jonathan Anderson travaille cette ligne depuis son arrivée en 2013 — mais cette saison, l'équilibre bascule. Le vêtement ne cherche plus à habiller le corps. Il cherche à révéler l'espace entre le tissu et la peau.

Trois pièces suffisent pour lire ce qui se passe.

Le ballon sleeve coat

Le manteau à manches ballon apparaît dans la collection automne-hiver 2024. La manche est montée haut sur l'épaule, volumineuse sans être bouffante, et se resserre au poignet dans un biais étroit. Le reste du manteau tombe droit. Pas de ceinture, pas de pince. La silhouette crée un déséquilibre délibéré : tout le volume est concentré dans le haut du bras, et le reste du corps disparaît sous une ligne verticale.

Ce n'est pas la première fois qu'Anderson joue avec la manche. Mais ici, la construction est inversée. Habituellement, on structure une manche avec de l'entoilage, du crin, parfois une épaulette. Ici, la structure vient du volume d'air emprisonné dans le tissu. La manche tient parce qu'elle est pleine de rien.

On retrouve cette logique chez Jil Sander ce printemps — des manches montées comme des cylindres, détachées du reste du vêtement. Chez The Row aussi, dans une version plus sobre : une manche qui commence à cinq centimètres de l'épaule, créant un espace négatif entre le bras et le tissu. Mais Loewe pousse le principe plus loin. Le ballon sleeve coat ne cache pas sa construction. Il la montre.

Le Flamenco Purse en nappa ultra-fin

Le Flamenco existe depuis 2011. Cette saison, Loewe le propose dans un nappa si fin qu'il se plie comme du papier de soie. Le sac n'a plus de forme au repos. Il prend la forme de ce qu'on y met — un livre, une bouteille d'eau, rien du tout. Le nœud sur le côté, signature du modèle, devient presque abstrait. Il ne ferme plus rien. Il indique simplement que quelque chose pourrait se fermer.

C'est une décision technique autant qu'esthétique. Réduire l'épaisseur du cuir à ce point demande un tannage spécifique, un contrôle précis de l'humidité pendant le séchage. Mais le résultat est un objet qui refuse la rigidité. Le Flamenco Purse en nappa ultra-fin ne se pose pas sur une étagère. Il s'affaisse. Il devient une ligne molle.

Bottega Veneta travaille la même idée avec son Intrecciato élargi — des bandes de cuir tissées si lâchement que le sac se déforme sous son propre poids. Chez Khaite, le Lotus bag est construit en cuir plongé, sans doublure, pour obtenir une souplesse maximale. Mais là où ces maisons cherchent encore une certaine tenue, Loewe abandonne complètement la structure interne. Le sac n'existe que par son contenu.

La robe asymétrique à un pan

Troisième pièce : une robe en jersey de laine présentée en février. Elle est construite sur une seule épaule. L'autre épaule est nue, et le tissu tombe en diagonale sur le torse avant de se fixer à la hanche opposée. Pas de couture visible sur l'épaule couverte — le jersey est simplement noué, puis fixé avec une épingle interne. La robe tient par tension, pas par assemblage.

C'est une technique qu'on trouve dans le vêtement traditionnel — le sari, le chiton grec — mais Anderson ne cite pas ces références. Il les utilise comme des outils. La robe asymétrique à un pan n'est pas un hommage. C'est une application directe d'un principe de construction : si le tissu est assez souple, il n'a pas besoin de coutures pour tenir.

Rick Owens fait la même chose avec ses robes drapées, mais dans un jersey plus lourd, avec des tombés plus théâtraux. Yohji Yamamoto aussi, dans une version plus architecturale. Loewe reste plus proche du corps. Le jersey suit la ligne de l'épaule, de la hanche, sans jamais la contraindre.

Ce que cela signifie

Ces trois pièces partagent une logique : le vêtement ne doit plus imposer une forme au corps. Il doit révéler l'espace entre les deux. Porter Loewe cette saison, c'est accepter que la structure vienne du vide, que le poids soit dans l'absence, et que l'élégance soit une question d'air autant que de tissu.