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La première chose que l'on remarque dans l'atelier de ZUZWA à Varsovie, c'est le silence

Keiko Tanaka··5 min

La première chose que l'on remarque dans l'atelier de ZUZWA à Varsovie, c'est le silence. Pas l'absence de bruit — les ciseaux travaillent, la vapeur siffle contre la laine — mais l'absence de précipitation. Les tables sont basses. Les patrons sont tracés à la craie directement sur le tissu, jamais imprimés. Chaque pièce passe par six mains avant de quitter l'atelier, et chaque main connaît le nom de celle qui suivra.

C'est cette discipline qui a défini ZUZWA depuis 2016, année où Zuzanna Wachowiak a quitté son poste chez COS à Stockholm pour rentrer en Pologne. Elle n'est pas revenue avec un manifeste. Elle est revenue avec une question : pourquoi les vêtements polonais devaient-ils ressembler à autre chose ?

Fondation : 2016–2018

ZUZWA a commencé avec douze pièces. Pas une collection — douze formes. Manteau droit, pantalon large, chemise sans col, robe-tablier. Toutes en lin polonais ou en laine de Mérinos tissée à Łódź. Wachowiak a présenté la première série dans un appartement du quartier de Praga, sur des cintres suspendus à une barre de rideau. Vingt personnes sont venues. Huit ont acheté quelque chose.

Ce qui a retenu l'attention n'était pas la coupe — bien que la coupe fût précise, épaule tombante, emmanchure basse — mais le poids. Les vêtements avaient une densité inhabituelle pour ce qui était alors considéré comme du minimalisme. Un manteau ZUZWA de 2017 pèse 940 grammes. Un manteau comparable chez Lemaire de la même année : 680. La différence tient à la construction : toile complète, doublure en sergé de coton, coutures rabattues à la main.

Wachowiak ne parlait pas de slow fashion. Elle parlait de structure. Dans une interview pour Przekrój en 2018, elle a dit : "Je ne veux pas que mes vêtements bougent comme du papier. Je veux qu'ils bougent comme des portes."

La première collection complète est arrivée en janvier 2018. Quatorze pièces, toutes produites dans un rayon de cinquante kilomètres autour de Varsovie. ZUZWA a vendu à travers un site rudimentaire et un showroom partagé à Varsovie. Pas de grossistes, pas de calendrier saisonnier. Les pièces restaient en production jusqu'à épuisement du tissu. Certaines formes — la chemise sans col, le pantalon à pince unique — sont encore disponibles aujourd'hui, avec des ajustements mineurs à la longueur d'entrejambe et à la largeur d'ourlet.

Consolidation : 2019–2021

En 2019, ZUZWA a ouvert un atelier permanent dans le quartier de Saska Kępa. Trois couturières, une modéliste, Wachowiak elle-même à la coupe. La production est passée de cent pièces par an à trois cent cinquante. Les prix n'ont pas bougé — un manteau coûtait 1 800 PLN en 2018, il coûtait 1 850 PLN en 2021 — mais la distribution s'est élargie. ZUZWA est entré chez Nitty Gritty à Stockholm, The Apartment à Copenhague, et a ouvert une boutique éphémère de six mois à Berlin, dans un ancien atelier de reliure près de Rosenthaler Platz.

Cette période a vu l'introduction de la couleur. Pas des imprimés, pas des motifs — de la couleur pure. Un bleu de Prusse obtenu par teinture végétale à l'indigo. Un rouge brique tiré de la garance. Un vert olive foncé, presque noir, à base de tanin de chêne. Les teintes changeaient légèrement d'un bain à l'autre. ZUZWA ne cherchait pas à standardiser. Deux manteaux de la même commande pouvaient différer de trois pour cent en saturation. Ce n'était pas un défaut. C'était la preuve du processus.

La maison a également commencé à travailler avec des tissus morts — des rouleaux oubliés dans les entrepôts textiles de Łódź, vestiges de l'ère socialiste où la Pologne produisait pour tout le bloc de l'Est. Wachowiak achetait des lots entiers : cinquante mètres de sergé de laine gris anthracite, trente mètres de popeline de coton écru. Chaque rouleau devenait une micro-collection. Quand le tissu était épuisé, la pièce disparaissait. Pas de réédition, pas de réapprovisionnement.

Ce système a créé une tension productive. Les clientes savaient qu'une forme pouvait revenir, mais jamais dans le même tissu. ZUZWA ne promettait pas la permanence. Il promettait la cohérence.

Expansion : 2022–présent

En 2022, ZUZWA a ouvert sa première boutique permanente, rue Wilcza à Varsovie. L'espace a été conçu par l'architecte Kuba Snopek : sol en béton poli, murs en plâtre brut, une seule étagère en chêne massif courant sur toute la longueur. Pas de miroirs — les clientes essayaient les vêtements dans une pièce séparée, devant une fenêtre donnant sur une cour intérieure. Snopek a expliqué le choix dans Architektura & Biznes : "Zuzanna voulait que les gens voient les vêtements à la lumière du jour, pas sous un éclairage de galerie."

La même année, ZUZWA a lancé une ligne masculine. Pas une adaptation des pièces féminines — une étude parallèle. Les proportions étaient différentes : épaules plus larges, taille plus haute, entrejambe plus longue. Mais la philosophie restait identique. Chaque veste était construite avec la même toile que les manteaux féminins. Chaque pantalon passait par le même processus de coupe à la craie.

La collection masculine a attiré une clientèle inattendue : architectes, designers graphiques, musiciens de jazz. Des hommes qui cherchaient une alternative au tailoring britannique sans tomber dans le workwear japonais. ZUZWA offrait une troisième voie — européenne, sobre, construite pour durer vingt ans.

Aujourd'hui, la maison produit environ six cents pièces par an. L'atelier emploie neuf personnes. ZUZWA vend à travers sa boutique de Varsovie, son site, et une poignée de détaillants — jamais plus de dix à la fois. Wachowiak refuse les commandes en gros. Elle refuse les collaborations. Elle refuse les défilés. En 2023, elle a refusé une proposition de Vogue Polska pour une séance photo, non par mépris, mais parce que le calendrier imposait une livraison en quatre semaines. ZUZWA ne livre rien en quatre semaines.

Maintenant

L'atelier de Saska Kępa fonctionne toujours selon le même rythme. Les tables sont basses. Les patrons sont tracés à la craie. Mais quelque chose a changé dans la façon dont les vêtements circulent. Les clientes ne viennent plus chercher une pièce. Elles viennent chercher une garde-robe complète — trois pantalons, deux chemises, un manteau — qu'elles porteront pendant une décennie. ZUZWA est devenu un système, pas une marque.

Wachowiak a récemment commencé à archiver les patrons. Pas pour les rééditer, mais pour les préserver. Chaque forme est photographiée, mesurée, documentée. Les craies s'effacent. Le papier jaunit. Mais le geste de tracer une ligne à 45 degrés sur un morceau de laine — ce geste peut être transmis.

Dans l'atelier, une apprentie de vingt-trois ans apprend à couper un col sans gabarit. Elle tient la craie comme Wachowiak le lui a montré : entre le pouce et l'index, pas comme un stylo, mais comme un couteau. La ligne qu'elle trace n'est pas parfaite. Elle la recommence. Wachowiak ne dit rien. Elle attend que la main trouve le bon angle.

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